Au XIXᵉ siècle, peu de maladies inspirent autant de crainte que la variole. Mortelle dans environ un cas sur cinq, défigurante pour les survivants, cette maladie virale ravage régulièrement l’Europe et l’Amérique du Nord. Si la vaccination existe depuis la fin du XVIIIᵉ siècle, elle reste imparfaite, mal comprise et souvent contestée.

Au Québec, l’année 1885 marque un tournant : une terrible épidémie frappe Montréal et ses environs, déclenchant une crise sanitaire, sociale et politique sans précédent. L’épisode fut dramatique, mais il permit aussi à la province de renforcer ses institutions de santé publique et de triompher de la variole.
L’arrivée de la variole à Montréal
Tout commence au printemps 1885, lorsque la variole est importée à Montréal par un cheminot revenu d’un voyage dans l’Ouest canadien. À cette époque, la ville est une métropole en pleine expansion, grouillante d’immigrants et caractérisée par des quartiers ouvriers surpeuplés où les conditions sanitaires sont précaires. Les premiers cas passent presque inaperçus, mais dès le mois de mai, la maladie se répand dans les faubourgs pauvres de l’est de la ville.

L’hôpital Notre-Dame, qui reçoit des malades, devient rapidement un foyer de contagion. La maladie se propage à une vitesse inquiétante, notamment chez les enfants. Les autorités municipales, mal préparées, tardent à réagir efficacement.
Les conditions favorables à la propagation

La variole trouve à Montréal un terrain idéal pour s’épanouir. L’eau potable est mal distribuée, l’assainissement des rues laisse à désirer et de nombreuses familles entassées dans de petites maisons n’ont qu’un accès limité aux soins médicaux.

Par ailleurs, la vaccination, bien que connue, suscite beaucoup de méfiance. La population francophone, majoritairement catholique et ouvrière, est moins vaccinée que les élites anglophones. Plusieurs raisons expliquent cette réticence : crainte des effets secondaires, méfiance envers les médecins anglophones, coût de la vaccination et influence d’un clergé antiscience qui propage des idées complotistes.à

Lorsque l’épidémie explose au cours de l’été, la ville est divisée : certains réclament une campagne de vaccination obligatoire, d’autres la refusent avec véhémence. Le maire Honoré Beaugrand qui défend la vaccination reçoit des menaces de mort.
Une réaction chaotique et violente

En septembre 1885, devant l’aggravation de la situation, le Conseil de santé de Montréal ordonne la vaccination obligatoire. La mesure provoque immédiatement une levée de boucliers. Des rumeurs circulent selon lesquelles le vaccin serait dangereux, voire mortel. Certains affirment que les seringues contaminées transmettraient d’autres maladies.

La méfiance se transforme en colère populaire. Le 28 septembre, des émeutes éclatent dans les rues de Montréal. Des foules hostiles envahissent les quartiers centraux, attaquent les postes de police et les bureaux de santé. Les troupes sont appelées pour rétablir l’ordre. Cet épisode dramatique témoigne d’un profond clivage social : d’un côté, les autorités anglophones qui prônent la vaccination; de l’autre, une grande partie de la population francophone qui y voit une atteinte à sa liberté et un signe d’oppression.


Cela n’est pas sans rappeler les manifestation anti-vaccins lors de la récente épidémie de COVID-19 et de l’occupation de la ville d’Ottawa par des hordes de complotistes désinformés et radicalisés sur internet.
Les ravages de l’épidémie
Pendant ce temps, la variole continue de faire des ravages. Entre mai et décembre 1885, on dénombre plus de 3 000 cas dans la région montréalaise. Les quartiers pauvres, comme Hochelaga et Griffintown, sont les plus touchés. Les enfants représentent une part importante des victimes.

Le bilan humain est terrible : environ 3 164 cas confirmés et 3 259 décès au Québec, dont plus de 90 % à Montréal. La mortalité particulièrement élevée s’explique par le faible taux de vaccination, l’insalubrité et la densité de la population.
La victoire de la vaccination
Malgré la résistance initiale, la vaccination finit par s’imposer comme le seul moyen efficace de contrôler la maladie. Les autorités, soutenues par le gouvernement provincial et le clergé qui finit par se rallier, multiplient les campagnes de sensibilisation.

Peu à peu, les familles acceptent de faire vacciner leurs enfants. Les chiffres montrent rapidement une diminution des nouveaux cas. Dès 1886, l’épidémie recule de manière significative. La mémoire des ravages de 1885 convainc la majorité de la population que le vaccin, malgré les craintes, sauve des vies.


Ce basculement marque une victoire décisive pour la science médicale au Québec. La variole, autrefois terreur récurrente, devient progressivement une maladie maîtrisée grâce à la vaccination de masse.
Les conséquences
L’épidémie de 1885 laisse des traces profondes. Elle accélère la création d’institutions de santé publique mieux organisées et encourage la mise en place de programmes de vaccination permanents. Montréal développe de nouvelles infrastructures sanitaires, et le Québec, dans son ensemble, devient plus attentif à la prévention des maladies contagieuses.

L’épidémie de variole de 1885 à Montréal fut une tragédie marquée par la peur, la méfiance et la division. Mais elle fut aussi le point de départ d’une transformation majeure des pratiques de santé publique au Québec. Par la vaccination, malgré les résistances, la province réussit à vaincre la maladie et à entrer dans une ère nouvelle où la science médicale et la prévention deviennent des armes indispensables contre les épidémies.
Chronologie de l’épidémie de variole au Québec en 1885
| Mois (1885) | Événements marquants |
| Mai | Apparition des premiers cas à Montréal, importés par un cheminot. |
| Juin | Propagation rapide dans les quartiers ouvriers de l’est de la ville. |
| Juillet | L’épidémie s’aggrave, hôpital Notre-Dame saturé. |
| Août | Nombre croissant de décès, panique dans la population. |
| Septembre | Vaccination obligatoire imposée, émeutes à Montréal (28 septembre). |
| Octobre | Campagnes de vaccination intensifiées malgré la résistance. |
| Novembre | Baisse graduelle des nouveaux cas grâce à la vaccination. |
| Décembre | Épidémie sous contrôle, mais bilan final lourd : plus de 3 000 décès. |

Donc, pour répondre à la question initiale « Comment le Québec a vaincu l’épidémie de variole en 1885 ? » la réponse est simple. La vaccination a permis de vaincre cette terrible maladie.
En 1885, la peur et l'ignorance ont permis à la variole de faire des milliers de victimes au QuébecPartager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






