L’Antarctique, vaste désert glacé au bout du monde, suscite l’intérêt des explorateurs depuis le début du XIXe siècle. Mais sa conquête est loin d’être immédiate. Pendant longtemps, cette région inhospitalière demeure isolée et pratiquement inaccessible. Ce n’est qu’au tournant du XXe siècle que la course au pôle Sud s’amorce véritablement.

À la tête de cette épopée, un homme se distingue : Roald Amundsen, explorateur norvégien au sang-froid légendaire. Son périple devient l’un des plus grands exploits de l’histoire de la géographie et de l’exploration polaire.
Une terre longtemps inconnue


Avant d’être conquise, l’Antarctique est d’abord une hypothèse géographique : la Terra Australis incognita. Ce continent mythique est supposé exister pour équilibrer les masses continentales du Nord. Il faut attendre le début du XIXe siècle pour que des expéditions, menées notamment par les navigateurs Fabian Gottlieb von Bellingshausen (russe), Edward Bransfield (britannique) et Nathaniel Palmer (américain), aperçoivent pour la première fois les terres antarctiques vers 1820. Mais il ne s’agit alors que d’une reconnaissance des côtes : pénétrer à l’intérieur du continent est inimaginable à cette époque.
Du pôle Nord au pôle Sud


Roald Amundsen naît en Norvège en 1872. Très tôt, il se passionne pour l’exploration polaire. En 1903-1906, il devient le premier navigateur à franchir le passage du Nord-Ouest, reliant l’Atlantique au Pacifique par les glaces de l’Arctique canadien.

En 1909, il projette de se rendre au pôle Nord, mais apprend que l’Américain Robert Peary affirme l’avoir déjà atteint. Déterminé à accomplir un exploit inédit, il décide alors de se tourner vers le pôle Sud, en secret, pour devancer tout rival.


L’Antarctique attire également un autre grand explorateur : l’Anglais Robert Falcon Scott. Lorsque Amundsen change de cap, il n’en informe Scott que tardivement, mettant ainsi en place l’une des plus célèbres courses géographiques de l’histoire.
Cap sur la baie des Baleines


Amundsen embarque à bord du Fram, un navire norvégien conçu pour les glaces, prêté par Fridtjof Nansen qui l’a utilisé dans l’Arctique. Le Fram quitte la Norvège en août 1910 et met le cap sur l’Antarctique, mais Amundsen maintient le secret de sa véritable destination jusqu’à l’escale à Madère, où il informe ses hommes qu’ils visent le pôle Sud.


Arrivé en Antarctique début 1911, le Fram atteint la baie des Baleines, sur la barrière de Ross. Ce site, bien que risqué en raison de ses glaces mouvantes, présente l’avantage d’être plus proche du pôle que le point de départ de Scott.

Amundsen organise alors une division de l’équipage : une partie reste à bord du Fram pour effectuer des relevés océanographiques, tandis qu’un second groupe, dirigé par lui-même, s’installe sur la glace pour préparer l’expédition terrestre. C’est la naissance de Framheim, le camp de base.
Un campement stratégique et bien préparé

À Framheim, Amundsen démontre sa rigueur et son sens de l’organisation. Il bâtit un complexe semi-enterré pour se protéger du froid extrême. L’équipement est méticuleusement choisi : vêtements en peau de caribou inspirés des Inuits, traîneaux légers, skis, et surtout une grande quantité de chiens groenlandais endurants et adaptés au climat polaire.
L’expédition planifie plusieurs trajets de ravitaillement pour déposer des vivres à intervalles réguliers jusqu’à 82° de latitude sud. Ces dépôts joueront un rôle crucial lors de l’expédition finale.
Une longue marche vers l’inconnu
Le 19 octobre 1911, Amundsen quitte Framheim avec quatre hommes : Helmer Hanssen, Sverre Hassel, Olav Bjaaland et Oscar Wisting. Chaque membre est équipé d’un traîneau tiré par treize chiens, transportant environ 400 kilos de vivres, de matériel et de carburant.


L’équipe affronte un terrain hostile : tempêtes de neige, crevasses, et des températures atteignant parfois -43°C. Le vent, mordant et imprévisible, rend la progression pénible. Pourtant, Amundsen mise sur la rapidité et la discipline. Il économise les forces humaines en utilisant au maximum les chiens de traîneau, quitte à en sacrifier certains au fur et à mesure pour nourrir les autres.
L’ascension des montagnes Transantarctiques

Le 17 novembre, l’équipe atteint la chaîne Transantarctique. Là, elle découvre un glacier inconnu, que Amundsen baptise glacier Axel Heiberg. L’ascension est un défi technique. Les hommes doivent tirer leurs traîneaux dans des pentes abruptes, franchissant des crevasses béantes. Bjaaland, excellent skieur, ouvre la voie.


Malgré les risques, ils parviennent au plateau polaire. C’est un désert blanc, plat et monotone, où l’altitude rend l’air plus difficile à respirer et les conditions encore plus extrêmes.
La conquête du pôle Sud

Le 14 décembre 1911, vers 15h, après près de deux mois de marche, Amundsen et ses hommes atteignent le pôle Sud géographique. Ils plantent une tente noire, appelée Polheim, et hissent le drapeau norvégien. Amundsen laisse une lettre pour le roi de Norvège et un message destiné à Scott, si jamais celui-ci venait à leur succéder.

L’exploit est immense : les Norvégiens deviennent les premiers hommes à atteindre ce point mythique de la planète, situé à 90° de latitude sud, au cœur d’un désert de glace absolu.
Le sort tragique de Robert Falcon Scott

Un mois plus tard, Robert Falcon Scott et son équipe atteignent à leur tour le pôle Sud, le 17 janvier 1912. Ils découvrent avec amertume la tente norvégienne et comprennent qu’ils ont perdu la course. Le retour s’avère dramatique. Épuisés, affamés, les Britanniques succombent un à un au froid. Le corps de Scott est retrouvé des mois plus tard, figé dans la glace, à seulement quelques kilomètres d’un dépôt de vivres.
La fin de Roald Amundsen



Roald Amundsen poursuit sa carrière d’explorateur avec plusieurs missions dans l’Arctique. En 1928, à l’âge de 55 ans, il disparaît en mer de Barents à bord d’un hydravion Latham 47, alors qu’il participe à une opération de sauvetage pour retrouver un autre explorateur, Umberto Nobile. Son corps ne sera jamais retrouvé.
Honneurs et postérité


Amundsen reçoit de nombreuses distinctions pour ses exploits. Des écoles, des rues, des navires portent son nom à travers le monde. Le Canada baptise un brise-glace CCGS Amundsen en son honneur. Plus étonnant encore : un cratère sur la Lune porte son nom, témoignant de la portée universelle de ses accomplissements.


L’histoire retient de Roald Amundsen un modèle d’organisation, de prudence et d’efficacité. Contrairement à d’autres explorateurs héroïques mais tragiques, il triomphe par sa préparation méticuleuse, son adaptation au milieu, et sa compréhension fine des conditions extrêmes. La conquête du pôle Sud, en décembre 1911, est l’un des sommets de l’exploration humaine : un exploit à jamais gravé dans la glace éternelle de l’Antarctique.
En atteignant le pôle Sud, Roald Amundsen a franchi la dernière frontière de la TerrePartager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






