La guerre, même lorsqu’elle est menée au nom de la justice ou de la liberté, révèle souvent la face la plus sombre de l’humanité. Lorsqu’elle éclate, elle fait tomber les barrières morales, pousse les hommes à des comportements barbares et engendre des atrocités dans tous les camps. La Seconde Guerre mondiale, qui fut une lutte contre le mal absolu incarné par le nazisme, ne fait pas exception.

Si les Alliés sont aujourd’hui largement reconnus comme les libérateurs du monde face à l’oppression fasciste, leur conduite durant le conflit n’a pas toujours été irréprochable. De nombreux actes commis par les forces alliées relèvent du crime de guerre : exécutions sommaires, tortures, emprisonnement arbitraire, viols, bombardements de populations civiles et usage d’armes de destruction massive. Ces faits, bien que souvent occultés dans les récits dominants, doivent être examinés avec rigueur pour offrir une lecture plus complète et équilibrée de l’histoire.
Le bombardement stratégique et les civils comme cibles
L’un des aspects les plus controversés de la stratégie militaire alliée fut le recours massif au bombardement stratégique, visant non seulement les infrastructures militaires, mais aussi les villes et leurs habitants. Le Royaume-Uni et les États-Unis en furent les principaux acteurs, ciblant de nombreuses villes allemandes, italiennes et japonaises.

Le bombardement de Dresde en février 1945 par les forces britanniques et américaines, bien que la ville fût sans importance militaire immédiate, tua environ 25 000 civils en quelques jours. Tokyo fut également dévastée en mars 1945 par un raid de bombes incendiaires qui fit plus de 100 000 morts.



Mais les attaques les plus graves restent les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. Ces deux bombes atomiques, larguées par les États-Unis, tuèrent instantanément environ 200 000 civils, hommes, femmes et enfants innocents. Ces attaques ont marqué un tournant historique, tant par leur brutalité que par le précédent qu’elles ont établi en matière de destruction de masse.



Ces actes, justifiés à l’époque comme nécessaires pour hâter la fin de la guerre, restent largement contestés sur le plan moral et juridique. Les villes ciblées étaient densément peuplées de civils, et les effets des bombes, tant immédiats que sur le long terme (radiations, cancers, malformations congénitales), en font des crimes d’une gravité inédite dans l’histoire moderne.
Exactions sur les prisonniers de guerre
Les Alliés ne furent pas exempts de violations graves envers les prisonniers de guerre, en contradiction flagrante avec les conventions internationales. L’Union soviétique, en particulier, se rendit coupable d’exécutions sommaires de soldats allemands capturés et civils innocents, notamment lors du Massacre de Nemmersdorf en Prusse orientale.

Le massacre de soldats allemands capturés ou désarmés par l’Armée rouge fut fréquent, et les conditions de détention en Sibérie pour les prisonniers furent inhumaines : travaux forcés, malnutrition, violences et expositions au froid extrême.

Les forces américaines, quant à elles, furent impliquées dans plusieurs exécutions de prisonniers allemands. L’incident de Biscari, en Sicile en 1943, est l’un des plus documentés : plus de 70 prisonniers italiens et allemands furent tués sommairement par des soldats américains.

En France, après la Libération, des prisonniers de guerre allemands furent battus, tués sans jugement ou internés dans des conditions déplorables. L’armée française elle-même a été accusée d’avoir exécuté des prisonniers dans des représailles improvisées.
Pillages, viols et violences contre les civils

L’avance de l’Armée rouge en Allemagne en 1945 fut accompagnée de violences massives contre la population civile. Des centaines de milliers de femmes allemandes furent violées, souvent collectivement, parfois à plusieurs reprises. Ces crimes, d’une ampleur systémique, furent à peine abordés dans l’historiographie soviétique et même niés pendant des décennies.

Mais les soldats soviétiques ne furent pas seuls à commettre de tels crimes. Des cas de viols et de pillages furent aussi rapportés dans les zones libérées par les troupes françaises, américaines et britanniques. En Italie, certaines unités coloniales de l’armée française, notamment les troupes marocaines (les « Goumiers »), furent responsables de viols massifs, notamment après la bataille de Monte Cassino.

Des soldats australiens furent aussi accusés d’abus contre des prisonniers japonais et de pillages dans les territoires conquis. Les forces chinoises, de leur côté, dans leur lutte contre l’occupation japonaise, furent accusées de représailles aveugles contre des populations soupçonnées de collaboration, entraînant des massacres de civils.
De nombreux viols de femmes françaises par les soldats américains ont été rapportés. Pour stimuler l’enrôlement volontaire, l’armée américaine avait promis à ses soldats que la France était peuplée de « femmes faciles ».


Le journal Stars and Stripes, publié par les forces armées américaines montrait des photos de Françaises embrassant les libérateurs. Le journal massivement lu par les G.I. titre : « Les Françaises sont folles des Yankees (…) voilà ce pour quoi nous nous battons ».
En Allemagne aussi, les soldats alliés (Britanniques, Américains et Soviétiques) se sont rendus coupable de nombreux viols, de pillages et de toutes sortes d’agressions sur des civils.

L’historienne allemande Miriam Gebhardt affirme : « Au moins 860 000 femmes et jeunes filles, mais aussi des hommes et des jeunes garçons, ont été violés, battus et tués par des soldats alliés à la fin de la guerre et dans la période d’après-guerre. Cela s’est produit partout ».
Emprisonnements et détentions arbitraires
Aux États-Unis, l’internement de plus de 110 000 Japonais-Américains est une tache sur le bilan moral du pays. Ces civils, citoyens américains pour la majorité, furent déplacés de force vers des camps de détention à cause de leur origine ethnique, dans une logique de suspicion raciale, sans preuve d’aucun acte de trahison.


Le Canada procéda de manière similaire : plus de 22 000 Canadiens d’origine japonaise furent internés, dépossédés de leurs biens et envoyés dans des camps en Colombie-Britannique et ailleurs. Aucun crime ne leur avait été reproché, si ce n’est leurs origines.



La Pologne, dans sa lutte contre l’invasion allemande puis soviétique, recourut aussi à l’emprisonnement de supposés collaborateurs, parfois sans preuve tangible, dans des conditions qui ne respectaient pas les droits fondamentaux.
Tortures et exécutions sommaires
Les services de renseignement alliés, y compris les Britanniques et les Américains, furent accusés d’avoir torturé des prisonniers pour obtenir des informations. Le SOE britannique (Special Operations Executive) et l’OSS américain (Office of Strategic Services) ont utilisé des méthodes coercitives qui, dans certains cas, s’apparentaient à de la torture, même si elles furent justifiées comme nécessaires dans le cadre d’une guerre totale. En france, les personnes soupçonné d’avoir collaboré ou simplement fraternisé avec les forces d’occupation sont maltraitées sans procès.



Des exécutions sommaires furent également pratiquées par des résistants soutenus par les Alliés, notamment en France, où les épurations sauvages après la Libération causèrent la mort de milliers de personnes, souvent sans procès équitable. Les forces françaises furent aussi impliquées dans des crimes de guerre à la fin du conflit, notamment en Afrique du Nord.
Le droit dans la guerre
La Seconde Guerre mondiale a été un combat contre des régimes monstrueux et une idéologie fondée sur la haine raciale, l’oppression et l’extermination. Le régime Nazi est certainement l’incarnation du mal absolu. Mais combattre le mal ne justifie pas de se livrer soi-même à l’inhumanité. Il ne faut jamais oublier que les moyens utilisés importent autant que les buts poursuivis. Même face à un ennemi qui viole toutes les lois de la guerre, il demeure impératif de respecter la dignité humaine, de protéger les civils, et de traiter les prisonniers avec décence.

C’est précisément cette leçon que la communauté internationale tenta d’incarner après 1945 avec la refonte des Conventions de Genève. Ces textes, qui codifient le traitement des prisonniers, des blessés et des civils en temps de guerre, sont le fruit d’une prise de conscience universelle : la barbarie ne doit jamais être une réponse à la barbarie.
Reconnaître les crimes de guerre alliés ne revient pas à réhabiliter les régimes qu’ils ont combattu, mais à affirmer un principe fondamental : la justice, pour être crédible, doit être impartiale.
Le fait de combattre un régime sanguinaire et inhumain, ne justifie pas de se livrer à la barbarie.Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






