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Spiritisme : l’origine de l’arnaque

Les débuts de la business, des médiums all-dress !

En 1848, dans une maison miteuse de Hydesville, dans l’État de New York, deux jeunes sœurs, Margaret (15 ans) et Kate Fox (11 ans), se découvrent un talent qui va changer leur vie : elles peuvent faire craquer les jointures de leurs orteils. Dit comme ça, cela semble niaiseux et ça l’est ! Et pourtant, avec cette simple technique sonore, les sœurs Fox donnent naissance à ce qu’on appellera bientôt le « spiritisme moderne », un courant ésotérico-commercial qui va faire trembler l’Amérique puritaine… de rire, ou de peur, selon le degré de crédulité.

La maison de Hydesville où la supercherie du spiritisme a commencé

Tout commence avec une série de bruits mystérieux dans la maison familiale. Les deux fillettes prétendent que ces bruits sont des messages d’un esprit nommé « Mr. Splitfoot » (autrement dit, M. Pieds fourchus ou Satan pour les intimes !). Évidemment, les médiums (all-dress) savent décoder le langage très élaboré des esprits : un coup pour oui, deux coups pour non ! On tient là une véritable télégraphie de l’au-delà, avec seulement deux réponses possibles ! Rapidement, leur grande sœur Leah, plus âgée et surtout plus entrepreneuriale, comprend qu’il y a là un potentiel plus intéressant qu’effrayer sa mère. Autrement dit, il y a de l’argent à faire !

Les Fox affirment pouvoir entrer en communication avec les morts. En fait, elles « craquent » leurs articulations, manipulent les meubles, soufflent sur les rideaux et jouent les ventriloques de salon. Mais un public qui veut croire est vulnérable aux fraudes des médiums avides de bénéfices !

On est en pleine époque victorienne : les morts sont omniprésents, les familles endeuillées cherchent du réconfort, et la science commence tout juste à mettre le nez dans des choses qu’elle ne comprend pas encore. Résultat : un cocktail parfait pour faire passer la supercherie pour un don divin.

La célébrité

Rapidement, les sœurs deviennent célèbres. Les séances de « communication surnaturelle » se multiplient, d’abord dans leur salon, puis dans les églises, les salles de congrès et même… au cirque Barnum. Oui, le même P.T. Barnum qui a fait fortune en exposant des nains, des sirènes empaillées et des femmes à barbe, reconnaît dans les Fox un numéro de haut vol : des gamines capables de faire parler les morts à la demande. Le public paie pour les voir. Mieux, il supplie pour assister à leurs démonstrations.

Une séance de spiritisme

Les séances sont toujours les mêmes : les sœurs s’installent dans le noir, parfois autour d’une table, parfois sur une estrade. Elles posent des questions à voix haute, et les « esprits » répondent par des coups sonores. Les spectateurs pleurent, tremblent, se sentent touchés. L’illusion est parfaite. Les plus influents de l’époque, y compris des juges, des médecins, des religieux, jurent que les manifestations sont authentiques. On parle d’un miracle, d’un nouveau lien avec l’au-delà. Les plus naïfs y voient une véritable révolution spirituelle. Les plus futés flairent le filon.

La business du spiritisme

Certains médiums utilisent une table. Pourquoi les esprits voudraient communiquer par le biais d’une table ? Parce que !

Pendant plus de 30 ans, les sœurs Fox se produisent aux quatre coins des États-Unis. Elles vendent leurs services à prix d’or. Chaque démonstration est un spectacle payant, chaque séance privée une consultation tarifée. Les plus riches leur ouvrent leurs salons, espérant y retrouver un fils tombé à Gettysburg ou une épouse morte en couches. Les plus crédules leur donnent tout ce qu’ils ont pour entendre une réponse de l’au-delà. Les Fox deviennent des stars, des prêtresses de l’invisible. Elles inspirent une véritable industrie occulte : le spiritisme devient religion, spectacle, et surtout commerce.

Mais comme toute bulle, celle des esprits finit par péter !

La vérité finit par éclater

En 1888, Margaret Fox, ruinée, alcoolique et amère envers Leah, décide de tout balancer dans un grand journal new-yorkais. Pour la somme de 1 500 dollars  (soit une petite fortune à l’époque) elle confesse que tout, absolument tout, n’était qu’une supercherie. Elle montre publiquement comment elle produisait les « coups » avec ses orteils, démonstration sonore à l’appui. Le public, horrifié, se rend compte qu’il s’est fait rouler pendant des décennies. Un mélange de rage, de honte et de déni s’empare des anciens adeptes.

Quelques années plus tard, Margaret revient sur sa confession, probablement sous pression ou dans l’espoir de relancer les affaires. Mais il est trop tard : la réputation des Fox est ternie, la mode du spiritisme connait un déclin… pour mieux revenir un peu plus tard !

L’arnaque continue…

On pourrait croire que cette histoire aurait vacciné le monde contre les charlatans du paranormal. Eh bien non. Encore en 2025, les héritiers spirituels (et très matériels) des sœurs Fox prospèrent toujours. On les appelle « médiums », « voyants », « communicateurs animiques », ainsi que des chercheurs amateurs qui font dans la pseudoscience. Ils sévissent sur TikTok, dans les salons bien-être, à la télévision ou dans des cabinets à 150 $ la demi-heure. Ils prétendent entendre des voix, voir des auras, sentir des présences et des énergies. Ils utilisent des cartes, des pierres, des bols chantants, du charabia quantique pseudo-scientifique et même… des rots !

Oui-oui ! Des rots ! Vous ne me croyez-pas ? Voici la médium-roteuse qui fait une démonstration de son pouvoir magique, ou plutôt gastrique à l’émission « Quel Talent » ! Le jury a été clément dans sa réaction -une des juges a même affirmé qu’elle appréciait les « soins énergétiques »- ! La médium-roteuse a tout de même été éliminée !

Croyez-le ou non, il y a des gens qui paient pour se faire roter dans la face par cette indigeste madame !

Mais pourquoi les gens croient ces âneries ? Parce qu’ils ont besoin d’y croire. Ce genre de croyances semblent remplir un vide chez certaines personnes, les consoler ou donner un sens à leur vie. La mort fait peur. Le vide terrifie. Alors, quand quelqu’un prétend avoir une ligne directe avec l’au-delà par Wi-Fi cosmique, certains préfèrent suspendre leur esprit critique pour échapper à l’épreuve du deuil ou à la perspective de leur propre fin. Et tant qu’il y aura des crédules, il y aura des Fox, des Jojo et des roteuses et autres charlatans pour les exploiter.

Alors si quelqu’un prétend pouvoir communiquer avec vos proches disparus, ne surveillez pas les signes surnaturels, surveillez votre portefeuille.



Prétendre communiquer avec les morts en échange d'argent est une excellente idée pour s'enrichir ! Mais qui y a pensé en premier ?
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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