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La troublante origine des métamphétamines

Meth: un remède miracle aux effets désastreux

La métamphétamine est synthétisée pour la première fois en 1893 par le chimiste japonais Nagai Nagayoshi. Il dérive la substance de l’éphédrine, un alcaloïde naturel utilisé depuis des siècles en médecine traditionnelle chinoise. Cependant, ce n’est qu’en 1919 que le chimiste Akira Ogata réussit à produire une version cristallisée plus puissante et plus facilement absorbable par le corps. Autrement dit, l’ancêtre du crystal meth. Cette innovation technique rend la drogue plus accessible pour des usages médicaux et, bientôt, militaires.

Nagai Nagayoshi

Dans les années 1930, la société pharmaceutique allemande Temmler Werke commercialise un produit nommé Pervitin, une forme de méthamphétamine vendue sans aucune restriction au grand public.

Disponible en comprimés, en chocolats fortifiés ou même en chewing-gums, le Pervitin est vanté comme un remède miracle contre la fatigue, la dépression, le surpoids et les baisses de productivité. En Allemagne, l’engouement est immédiat : employés, étudiants, ménagères et artistes utilisent massivement le Pervitin pour doper leur efficacité.

L’effet est fulgurant : énergie décuplée, euphorie intense, concentration accrue, disparition du sentiment de faim ou de besoin de sommeil. Toutefois, la montée est suivie de chutes brutales (crises de nerfs, hallucinations, paranoïa). Autrement dit, quand l’effet se dissipe, les gens sont « en manque ». Cette toxicomanie à grande échelle commence à poser des problèmes sociaux dès la fin des années 1930.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les autorités militaires allemandes perçoivent très vite l’intérêt tactique du Pervitin, surtout dans le contexte de la « guerre-éclair ». L’armée du IIIᵉ Reich distribue massivement la drogue à ses troupes, notamment aux divisions blindées lors de la Blitzkrieg en 1940 contre la France et les Pays-Bas. Les soldats « allumés » sous Pervitin marchent des jours entiers sans dormir, conduisent des chars à travers la Belgique sans pause et exécutent des ordres avec une discipline mécanique et froide.

Les métamphétamines leur confèrent une résistance physique hors norme, annihilent la peur, la fatigue, la faim, et surtout toute forme de compassion ou de remords. Cette insensibilité émotionnelle transforme les soldats en machines de guerre, capables de commettre les pires atrocités sans vaciller.

À court terme, l’avantage est considérable : la Wehrmacht avance à une vitesse stupéfiante, surprenant et submergeant des adversaires épuisés et désorganisés. Le « miracle militaire » allemand repose en partie sur cette armée sous methamphétamines. Mais rapidement, les effets secondaires commencent à apparaître. De nombreux soldats deviennent dépendants au Pervitin. Les psychoses, crises de paranoïa, dépressions nerveuses, actes d’insubordination violente, et même des morts par overdose s’accumulent. La nécessité de fournir constamment la drogue à des troupes massives épuise les stocks, et les performances militaires finissent par décliner. À partir de 1941, l’armée allemande tente de réglementer l’usage du Pervitin, sans grand succès. Les super-soldats du début de la guerre sont devenus des toxicomanes. Et lorsqu’ils sont en manque de « meth » ils sont beaucoup moins efficaces.

Après la guerre, les Alliés découvrent l’ampleur des recherches nazies sur les psychotropes. Les États-Unis recrutent discrètement plusieurs scientifiques allemands spécialistes de la pharmacologie militaire. Ceux-ci apportent avec eux leurs connaissances sur les amphétamines et les dérivés méthylés, qui vont rapidement enrichir la pharmacopée américaine.

Au cours des années 1950, l’industrie pharmaceutique américaine introduit un nouveau produit, L’Obetrol, un mélange d’amphétamines et de méthamphétamines, présenté comme traitement pour l’obésité, la dépression et le syndrome de fatigue chronique. L’Obetrol est largement prescrit, parfois à la légère. Sa popularité explose dans un contexte culturel valorisant la performance, l’énergie et la minceur. Dans l’Amérique d’après-guerre, où la croissance économique est reine, la consommation de stimulants devient presque une norme dans certaines couches de la société.

Les métamphétamines gagnent aussi du terrain dans d’autres pays : au Japon d’abord, où la production clandestine explose après la guerre, puis en Europe et en Amérique du Sud. Dans les années 1960, la culture des amphétamines s’infiltre jusque dans les milieux artistiques, contre-culturels et criminels. Elles sont utilisées pour tenir lors de longues nuits d’écriture, de concerts ou comme drogue de performance dans le sport compétitif. La dépendance se banalise, les effets secondaires (paranoïa, agressivité, épuisement nerveux) deviennent de plus en plus visibles.

Face à la montée des abus, Obetrol est retiré du marché dans les années 1970. Mais son principe actif principal, l’amphétamine, est recyclé sous une nouvelle forme pharmaceutique plus contrôlée : l’Adderall. Développé pour traiter le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et la narcolepsie, Adderall reprend l’héritage chimique du Pervitin, mais sans le maketing de drogue miracle pour maigrir et performer. L’Adderall est un médicament prescrit sous surveillance médicale.

Aujourd’hui encore, Adderall est massivement utilisé, notamment dans les milieux étudiants et professionnels, où la pression de performance reste énorme. Si son usage est mieux encadré qu’au temps du Pervitin et de l’Obetrol, les risques de dépendance, d’abus et d’effets secondaires subsistent.



Aussi bien présente dans les pharmacies que sur le marché noir, cette drogue a d'abord servi à faire des supers soldats pour les nazis.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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