Femme de parole, de conviction et de cœur, Janette Bertrand a façonné le paysage médiatique et social du Québec moderne. En un siècle de vie, elle a été tour à tour journaliste, comédienne, écrivaine, scénariste, animatrice et féministe engagée. Son parcours correspond à une partie de l’histoire du Québec : celle du passage d’une société traditionnelle conservatrice à une société égalitaire et ouverte.
Une enfance modeste mais déterminée


Née à Montréal en 1925, Janette Bertrand grandit dans un milieu modeste, dans le quartier du Plateau-Mont-Royal. Fille d’un ébéniste et d’une mère au foyer, elle découvre très tôt la valeur du travail, mais aussi les limites qu’impose à l’époque la condition féminine. Curieuse et studieuse, elle se passionne pour la lecture et les mots.

À une époque où peu de femmes poursuivaient leurs études, elle s’inscrit à l’Université de Montréal en psychologie, mais c’est vers le journalisme qu’elle se tourne rapidement, attirée par le pouvoir des médias pour informer et sensibiliser.
Les débuts d’une pionnière du journalisme


Dans les années 1940, le monde médiatique québécois est dominé par les hommes. Janette Bertrand parvient pourtant à se faire une place au journal Le Petit Journal, où elle signe des chroniques sur la vie quotidienne, les relations et la condition féminine. Son ton direct, empathique et sans jugement séduit rapidement le public.


Elle est ensuite recrutée à la radio, où elle forme un duo légendaire avec son mari, Jean Lajeunesse. Ensemble, ils animent Janette et Jean, une émission qui aborde avec humour et sincérité les réalités de la vie de couple et de famille. Ce duo devient un miroir du Québec d’après-guerre, alors en pleine transformation.
Une femme dans un monde d’hommes

Faire carrière à la télévision dans les années 1950 et 1960, alors que les femmes sont souvent cantonnées aux rôles de soutien, représente un immense défi. Janette Bertrand doit lutter pour être prise au sérieux, défendre ses idées et imposer sa vision. À une époque où la télévision naissante façonne les mentalités, elle refuse d’être un simple visage décoratif. Elle apparaît au cinéma en 1952 dans le film mythique La Petite Aurore l’Enfant Martyre.

Elle s’impose par son authenticité, son franc-parler et sa capacité à aborder les sujets que d’autres fuyaient : la sexualité, la solitude, la violence conjugale, le divorce, l’homosexualité. Elle ouvre ainsi la voie à des générations de femmes qui, grâce à elle, trouvent une voix dans les médias.
Les années marquantes de la télévision

Dans les années 1960 et 1970, Janette Bertrand devient une figure incontournable de la télévision québécoise. Elle crée et anime plusieurs émissions marquantes, dont Janette veut savoir et L’Amour avec un grand A. Cette dernière, diffusée pendant plus de 20 ans, demeure une œuvre phare de son engagement social.
Chaque épisode y aborde un thème de société délicat — viol, racisme, handicap, homosexualité, pauvreté, dépendance — à travers des personnages inspirés de témoignages réels. Le ton humaniste et empathique de Janette touche profondément le public québécois. Par ce biais, elle contribue à normaliser la discussion sur des réalités longtemps tues.
Une militante avant tout

Au-delà de la télévision, Janette Bertrand est surtout reconnue comme une figure majeure du féminisme québécois. Dès les années 1970, elle milite pour le droit des femmes à l’égalité dans le couple, au travail et dans la société. Son message est clair : les femmes doivent être libres de choisir leur destinée.

Elle encourage l’éducation sexuelle, dénonce les stéréotypes de genre et défend le droit à la parole. Dans une société encore marquée par la morale catholique, son discours est audacieux, parfois controversé, mais profondément libérateur.
En 2013, à l’âge de 88 ans, elle devient porte-parole de la Charte des valeurs québécoises, défendant avec passion la laïcité de l’État. Un mouvement en faveur de l’adoption de ladite charte prend le nom des « Janette ».
Même si cette position a suscité la controverse, elle témoigne de sa constance : Janette Bertrand n’a jamais craint de défendre ses convictions, même au risque de déplaire.
Une œuvre profondément humaniste

Janette Bertrand ne s’est jamais limitée à un seul médium. Elle a écrit des pièces de théâtre, des essais, des romans et même des manuels de communication. Son livre Ma vie en trois actes (2014) retrace son parcours avec franchise et émotion, témoignant de sa lucidité face au temps qui passe.


Dans les années 1980 et 1990, elle participe activement à la promotion de la santé mentale et du bien-être, particulièrement chez les femmes âgées. Elle aborde sans tabou la vieillesse, la sexualité et la solitude, des thèmes encore trop rarement évoqués à l’écran.
Honneurs et reconnaissance

La carrière de Janette Bertrand a été couronnée par une impressionnante collection de distinctions. Elle est Officière de l’Ordre national du Québec, Compagne de l’Ordre du Canada et détentrice de plusieurs doctorats honorifiques. Elle a reçu le prix Gémeaux hommage pour l’ensemble de son œuvre et le prix du Gouverneur général pour sa contribution exceptionnelle à la société canadienne. En 2025, Janette reçoit également l’insigne de l’Ordre de Montréal au rang de commandeure.

Son nom est également associé à des initiatives éducatives, notamment la Chaire Janette Bertrand en égalité et dignité humaines à l’Université du Québec à Montréal, créée grâce à un don qu’elle a fait elle-même.
Une contribution durable

L’influence de Janette Bertrand dépasse largement le monde artistique. Elle a façonné la conscience collective du Québec moderne, en plaçant la parole des femmes et la reconnaissance des différences au cœur du débat social. Des animatrices, des auteures et des militantes comme Chantal Lamarre, Véronique Cloutier ou Lise Payette ont souvent cité Janette comme source d’inspiration.

Elle représente un modèle d’audace et de sincérité, prouvant qu’il est possible d’être à la fois populaire et profondément engagée. Sa façon d’aborder les problèmes humains avec douceur, humour et intelligence a contribué à démocratiser la télévision éducative et sociale.
Toujours active à 100 ans

Aujourd’hui, à 100 ans, Janette Bertrand demeure une femme d’esprit et de conviction. Retirée des plateaux, elle continue d’écrire, de donner des entrevues et de réfléchir à l’évolution du monde qu’elle a vu changer sous ses yeux. Elle vit à Montréal, entourée d’amis, et reste passionnée par la jeunesse, la culture et la justice sociale.
À 100 ans, Janette Bertrand a grandement contribué au Québec moderne : pionnière des médias, féministe audacieuse et témoin vivant d’un siècle de transformations sociales.Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






