La maladie mentale a toujours existé, mais la manière dont les sociétés l’ont perçue et traitée en dit long sur l’histoire de l’humanité. Si certaines cultures ont cherché à comprendre et à soigner, la plupart des époques ont été marquées par la discrimination, les mauvais traitements, et souvent de véritables tortures infligées aux malades. Ce n’est qu’au fil des siècles qu’une reconnaissance de leur humanité et des progrès médicaux ont permis une amélioration lente mais réelle.
Antiquité : entre mysticisme et premiers abus

En Mésopotamie et en Égypte ancienne, les malades mentaux étaient souvent perçus comme possédés par des esprits ou punis par les dieux. Les traitements consistaient en exorcismes, rituels violents, isolements, et parfois en mutilations censées « libérer » l’âme. Les malades pouvaient être rejetés de leur communauté, subissant une profonde discrimination sociale.

La Grèce antique fut plus nuancée. Hippocrate introduisit une vision médicale, attribuant la folie à un déséquilibre des humeurs. Cependant, même en Grèce et à Rome, certains malades étaient enfermés, enchaînés ou battus, considérés comme dangereux. L’idée qu’ils pouvaient être corrigés par la douleur n’était pas rare.
Moyen Âge : la peur et la persécution

Avec le christianisme médiéval, la perception des troubles mentaux bascula largement vers le religieux. Les malades furent assimilés à des possédés ou à des suppôts du diable. Les exorcismes pouvaient prendre la forme de véritables tortures : coups, privations de nourriture, séances d’humiliations publiques.

En Europe, beaucoup furent enfermés dans des cachots, ou, pire encore, exécutés comme sorciers ou hérétiques. Les chasses aux sorcières du XVe au XVIIe siècle coûtèrent la vie à de nombreuses personnes atteintes de troubles mentaux, dont les comportements atypiques servaient de « preuves » de leur lien avec le Malin.

À la même époque, le monde islamique faisait preuve de davantage de compassion : les hôpitaux de Bagdad et du Caire accueillaient des malades mentaux, leur proposant musique, bains et soins médicaux. Pourtant, même dans ces sociétés plus avancées, l’isolement et la méfiance persistaient.
Renaissance et début de la modernité : l’ère de l’internement abusif

À partir du XVIe siècle, les malades mentaux furent massivement enfermés. L’exemple le plus célèbre est celui de Bedlam (Bethlem Hospital, Londres), où les patients, souvent enchaînés, vivaient dans des conditions insalubres, subissant coups, négligence et humiliations. Pire encore, le public pouvait payer un droit d’entrée pour visiter l’hôpital et observer les malades, transformés en attractions morbides.


En France, avec l’Hôpital général de Paris (1656), les fous furent enfermés avec les pauvres et les criminels. Dans ces institutions, la brutalité dominait : chaînes, cellules sombres, coups et privations étaient monnaie courante. La folie était vue comme un danger à neutraliser, non comme une souffrance à soigner.
Les Lumières : une première humanisation
Le XVIIIe siècle marqua un tournant. L’idée que les malades étaient des humains et non des bêtes commença à s’imposer.

En France, Philippe Pinel libéra les malades de leurs chaînes à Bicêtre et à la Salpêtrière. Mais il faut rappeler qu’avant lui, ces patients avaient passé des décennies à être traités comme des animaux, subissant privations et violences.

En Angleterre, le York Retreat fondé par William Tuke offrit une alternative respectueuse, rompant avec des siècles d’abus institutionnalisés. Pour la première fois, on passa du châtiment à la compassion, même si ces initiatives restaient minoritaires face à la persistance de la brutalité ailleurs.
XIXe siècle : science et enfermement massif

Le XIXe siècle vit la multiplication des asiles psychiatriques. Au départ, ils incarnaient un progrès par rapport aux prisons, mais ils devinrent rapidement des lieux de relégation et d’abus. Les asiles étaient surpeuplés, et les patients y subissaient des méthodes brutales comme les douches glacées, les camisoles de force, l’isolement prolongé dans des cellules nues, ou encore les saignées et purges douloureuses.

Parallèlement, des avancées médicales survinrent. Emil Kraepelin posa les bases de la classification moderne des maladies mentales. Mais dans la pratique quotidienne, les malades continuaient à être considérés comme des êtres dangereux ou honteux, voués à l’isolement et à la stigmatisation.
XXe siècle : entre atrocités et progrès
Le XXe siècle fut ambivalent. D’un côté, il apporta des révolutions thérapeutiques, de l’autre, il connut des abus terrifiants.

- Dans les années 1930-50, des traitements comme l’électroconvulsivothérapie sans anesthésie, les lobotomies et les internements prolongés furent utilisés massivement. Ces pratiques relevaient souvent de la torture médicale.
Voici une représentation d’une séance d’électroconvulsivothérapie dans le film « Vol au-dessus d’un nid de coucou » :
- Les régimes totalitaires, notamment le nazisme, allèrent encore plus loin : des dizaines de milliers de malades mentaux furent victimes de l’euthanasie forcée dans le cadre du programme Aktion T4.

Après la Seconde Guerre mondiale, des progrès majeurs apparurent. L’arrivée des neuroleptiques permit de stabiliser certains patients. Les mouvements de désinstitutionalisation dans les années 1960-70 mirent fin à l’enfermement massif.

Mais ces réformes, mal financées, laissèrent aussi beaucoup de patients livrés à eux-mêmes, exposés à la discrimination sociale et à l’errance.
XXIe siècle : combats persistants contre la stigmatisation

Aujourd’hui, les traitements associent psychothérapies, médicaments, et soins communautaires. Pourtant, les malades mentaux continuent de subir préjugés, discriminations et marginalisation. Dans certaines régions du monde, ils sont encore victimes de maltraitances : chaînes dans des institutions, isolement forcé, ou violences policières.

Même ici, au Québec, plusieurs personnes aux prises avec des troubles de santé mentale se retrouvent en situation d’itinérance.
La perception progresse néanmoins. Des campagnes internationales, soutenues par l’OMS, insistent sur l’intégration des malades dans la société. Des figures publiques comme la princesse Diana, le prince William et Kate Middleton, ou encore Justin Trudeau au Canada ont contribué à briser le silence, en dénonçant la stigmatisation et en prônant l’inclusion.

Aujourd’hui, le combat se poursuit pour éradiquer la stigmatisation et garantir que la souffrance psychique soit reconnue et soignée avec humanité. Le chemin parcouru rappelle qu’une société se juge à la manière dont elle traite ses plus vulnérables et que les erreurs du passé ne doivent jamais être répétées.
Longtemps qualifiés de fous ou de possédés, les personnes aux prises avec la maladie mentale ont subi discrimination et abus au fil des âges.Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






