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La science au féminin : plus ancienne qu’on ne le croit

Les pionnières oubliées de la science

Loin d’être absentes des débuts de l’exploration scientifique, les femmes participent dès l’Antiquité à l’observation, à l’expérimentation et à la transmission des connaissances. Si leurs noms sont souvent fragmentaires ou transmis indirectement, leur rôle est attesté par des sources antiques, médiévales et religieuses. Voici dix scientifiques féminines parmi les plus anciennes connues qui méritent d’être reconnues comme des pionnières.

Merit-Ptah

Égypte antique, vers 2700 av. J.-C. – Médecine

Merit-Ptah est généralement considérée comme la plus ancienne femme scientifique nommée dans les sources historiques. Elle est mentionnée sur une inscription funéraire comme « médecin en chef ». La médecine égyptienne repose alors sur l’observation clinique, l’anatomie empirique et l’usage raisonné de plantes médicinales. Son titre suggère que les femmes peuvent occuper des fonctions médicales élevées dans l’Égypte pharaonique. Certains remettent son existence en question. Il est effectivement difficile de vérifier des informations aussi anciennes. Quoi qu’il en soit, le récit de sa vie, véridique ou non, a certainement inspiré les femmes scientifiques de tous temps.

Enheduanna

Mésopotamie, vers 2300 av. J.-C. – Astronomie et mathématiques

Grande prêtresse de la cité d’Ur, Enheduanna est la première autrice identifiée de l’histoire. Ses hymnes et textes cosmologiques contiennent des descriptions précises des cycles célestes et du mouvement des astres. À cette époque, l’astronomie, les mathématiques et la religion sont indissociables, et son œuvre témoigne d’un savoir scientifique structuré.

Tapputi

Babylonie, vers 1200 av. J.-C. – Chimie

Tapputi-Belatekallim est la première chimiste documentée de l’histoire. Spécialisée dans la fabrication de parfums, elle décrit sur des tablettes cunéiformes des procédés de distillation, de filtration et de purification. Sa démarche repose sur l’expérimentation répétable, principe fondamental de la chimie scientifique.

Marie la Juive

Monde hellénistique, Entre le IIe et le IIIᵉ siècle – Alchimie et chimie

Marie la Juive, aussi appelée Maria Hebraea, est l’une des figures fondatrices de l’alchimie (l’ancêtre de la chimie). Elle invente plusieurs appareils encore utilisés aujourd’hui sous des formes modernisées, dont le bain-marie, l’athanor et des dispositifs de distillation. Ses écrits, cités par des alchimistes ultérieurs, témoignent d’une approche expérimentale rigoureuse et d’une transmission méthodique du savoir.

Hypatie

Alexandrie, vers 355–415 – Mathématiques et astronomie

Hypatie enseigne les mathématiques, l’algèbre et l’astronomie dans l’un des plus grands centres intellectuels de l’Antiquité tardive. Elle améliore des instruments scientifiques comme l’astrolabe et contribue à la transmission des savoirs grecs classiques. Sa mort violente marque symboliquement la fragilisation du savoir scientifique face aux conflits religieux et politiques.

Pandrosion

Alexandrie, IVᵉ siècle – Mathématiques

Contemporaine d’Hypatie, Pandrosion est une mathématicienne mentionnée pour ses travaux en géométrie, notamment sur la duplication du cube. Son existence confirme que des femmes participent activement à la recherche mathématique dans l’Alexandrie tardive.

Hildegarde de Bingen

Saint-Empire romain germanique, 1098–1179 – Médecine et sciences naturelles

Hildegarde de Bingen rédige des traités de botanique, de médecine et de physiologie fondés sur l’observation de la nature. Elle décrit les propriétés thérapeutiques des plantes et des minéraux avec une approche systématique. Ses ouvrages sont utilisés pendant plusieurs siècles dans les milieux monastiques et médicaux.

Trotula de Salerne

Italie, XIIᵉ siècle – Médecine

Médecin associée à l’école de Salerne, Trotula se spécialise en gynécologie et en obstétrique. Ses traités reposent sur l’expérience clinique et une attention particulière à la santé des femmes. Ils demeurent des références médicales jusqu’à la fin du Moyen Âge.

Herrade de Landsberg

Alsace, XIIᵉ siècle – Encyclopédisme scientifique

Herrade compile le Hortus deliciarum, une encyclopédie illustrée rassemblant des savoirs en astronomie, médecine et sciences naturelles. Son œuvre vise la transmission structurée des connaissances et témoigne d’un effort encyclopédique féminin exceptionnel pour son époque.

Émilie du Châtelet

France, 1706–1749 – Physique et mathématiques


Émilie du Châtelet joue un rôle central dans l’introduction de la physique newtonienne en Europe continentale. Sa traduction commentée des Principia de Newton demeure une référence. Elle contribue aussi à la compréhension de l’énergie cinétique, participant à l’essor de la physique moderne.

Une continuité scientifique féminine dès l’Antiquité

Ces dix figures démontrent que les femmes participent à la science depuis ses origines. Leur disparition progressive des récits officiels tient davantage à l’évolution des structures sociales patriarcales qu’à une absence réelle. Revue à la lumière de ces pionnières, l’histoire des sciences révèle une continuité féminine ancienne, méthodique et profondément enracinée dans l’expérimentation et l’observation. La contribution des femmes, longtemps ignorée, doit être rappelée pour rendre justice à l’esprit brillant et avant-gardiste de ces fondatrices de la science moderne.



Les livres d'histoires ont tendance à oublier la contribution des femmes à la fondation de la science. Rendons-leur justice !
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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