Avant que les centres d’achats ne commencent à se vider pour laisser place à des gyms, des cliniques privées et des boutiques vides, le Québec possédait un véritable panthéon de magasins aujourd’hui disparus. Ces enseignes ont marqué plusieurs générations : certaines ont régné sur le commerce de détail comme des empires, d’autres n’ont fait que crouler sous leur propre catalogue. Voici un hommage à dix grands noms qui ont façonné la vie quotidienne au Québec… avant de finir sur le tableau de chasse de Walmart et Amazon !
Kresge

On commence fort avec Kresge, ce magasin à rabais fondé en 1897 par Sebastian S. Kresge (qui aurait probablement été influenceur coupon rabais s’il avait vécu en 2025). Arrivé au Canada au début du XXᵉ siècle, Kresge devient vite un incontournable. On pouvait y acheter un grille-pain, des bas pour enfants, un verre de liqueur au comptoir-lunch et repartir avec du changement.



Ce sont les années 1970 qui annoncent le début de la fin : concurrence féroce, stagnation du concept et montée fulgurante des magasins en libre-service. La plupart des Kresge sont alors convertis en Kmart. Bref, l’enseigne meurt mais renaît dans le même moule… avant de mourir une seconde fois. Une sorte de boucle commerciale karmique.
Kmart

Kmart arrive au Canada en 1962 avec la ferme intention de dominer le commerce à rabais. Le fameux « blue light special », une promotion surprise signalée par une lumière bleue clignotante, devient un phénomène culturel. C’était le Black Friday avant le Black Friday, mais un mardi après-midi.
Cependant, l’arrivée de Walmart dans les années 1990 frappe Kmart de plein fouet. Logistique dépassée, prix plus élevés, image vieillissante… La chaîne vend ses magasins canadiens à Zellers. Ironiquement, Zellers disparaîtra plus tard en grande partie à cause de… Walmart.
Woolco

Si les Québécois connaissent Walmart aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à Woolco. Lancée par Woolworth en 1962, la chaîne est l’un des premiers grands magasins populaires du pays. On y trouvait de tout : vêtements, jouets, articles électroniques et, bien sûr, le fameux « linoléum d’allée pas trop glissant » typique des années 1970.
Mais l’entreprise peine à rivaliser avec la modernité des détaillants émergents. En 1994, Walmart rachète presque tous les magasins Woolco au Canada. Du jour au lendemain, les Québécois découvrent les allées plus larges, les prix plus bas et les employés qui saluent en vous regardant directement dans les yeux. Une révolution culturelle. Woolco disparaît, mais son ADN vit désormais dans chaque succursale bleue.
Steinberg

Le Québec a déjà eu un véritable empire alimentaire, et son nom était Steinberg. Fondée par Ida et Sam Steinberg en 1917, la chaîne révolutionne l’épicerie : premières allées larges, premiers paniers, premiers supermarchés modernes. Steinberg était à l’alimentation ce que Céline Dion est au karaoké : la norme absolue.
Voici un buffet bien vintage (et bien dégueulasse) présenté par Steinberg !
Pour plus de mauvaises idées culinaires d’antan :
À son apogée, Steinberg possède des épiceries, des pharmacies, des quincailleries et même des centres commerciaux — les fameux “Maisons Steinberg”. Mais les années 1980 sont dures : luttes de pouvoirs familiales, décisions financières douteuses et concurrence accrue.

L’empire s’effondre en 1992, racheté morceau par morceau. Pour bien des Québécois, c’est la fin d’une époque… et le début d’une nostalgie sans date d’expiration.
Épiceries Dominion

Avant Metro, Provigo ou IGA, il y avait Dominion, l’une des plus grandes chaînes d’épiceries au pays. Fondée en 1919 à Toronto, elle se répand rapidement à travers le Canada. Au Québec, Dominion représente la modernité avant la modernité : magasins lumineux, uniformes impeccables et promotions qui créaient des files dignes d’un lancement d’iPhone.
Mais dans les années 1970 et 1980, la consolidation du marché et la montée de chaînes locales plus agressives entraînent sa disparition progressive. Plusieurs succursales se transforment en Provigo ou en Metro, laissant Dominion s’éteindre doucement.
Distribution au Consommateur


Pour comprendre Distribution au Consommateur, imaginez Amazon, mais sans algorithmie, sans entrepôts géants et surtout sans livraison en 24 heures. Le client feuilletait un catalogue, remplissait un formulaire, payait au comptoir et attendait qu’un employé aille chercher sa commande dans un mystérieux entrepôt arrière. Et on trouvait ça futuriste !


Voici une pub classique de DAC parodié à la perfection par RBO !
Tandis qu’on y est, voici l’histoire de RBO :
L’entreprise prospère jusqu’aux années 1980, mais le modèle n’évolue pas. Les gens veulent magasiner en libre-service, toucher les produits, comparer. Distribution au Consommateur ferme officiellement en 1994. Ironiquement, son idée renaîtra 20 ans plus tard… sous forme d’achats en ligne. L’histoire aime visiblement remix ses classiques.
Dépanneurs Perrette



Dans les années 1970 et 1980, le dépanneur Perrette est le cœur battant du quartier. On y achète du lait, des bonbons, des journaux, des cigarettes et une Slush Puppie bleue intense qui tachait la langue pour huit heures. Perrette, c’est le dépanneur d’avant les dépanneurs uniformisés.

La chaîne prospère avant d’être vendue et absorbée dans une consolidation d’entreprises de proximité. La marque disparaît, mais pour bien des gens, l’expression « je vais au Perrette » survit comme une relique linguistique. Un peu comme « téléroman » ou « club vidéo » !
Magasins Greenberg


Les magasins Greenberg sont un véritable pilier de la mode québécoise du milieu du XXᵉ siècle. On y trouvait des manteaux stylés, des robes bien coupées et un service à la clientèle qui anticipait vos besoins avant même que vous ne sachiez que vous en aviez. Une version préhistorique de la boutique chic.
Voici une SUPER pub de Greenberg !
Mais la montée de grandes chaînes internationales et l’arrivée de la fast-fashion rendent le modèle difficile à maintenir. Greenberg ferme dans les années 1980, laissant derrière lui une réputation impeccable et quelques personnes incapables de retrouver un manteau aussi bien ajusté depuis.
Miracle Mart

Miracle Mart est un grand magasin général ayant vu le jour dans les années 1960. On y vend tout : vêtements, articles ménagers, jouets, téléviseurs et même, parfois, des surprises qu’on ne savait pas qu’on cherchait. C’était l’ancêtre québécois du magasin « tout sous un même toit ».
Mais le magasin souffre d’un manque de modernisation. Les années 1980 marquent le début de son déclin, et en 1992, Miracle Mart disparaît définitivement. Il reste néanmoins dans la mémoire collective comme le magasin où “tout était correct, mais rien n’était extraordinaire”. Un peu comme la météo d’avril.
Sears

Terminons avec Sears, le géant qui a dominé le commerce nord-américain pendant plus d’un siècle. Au Québec, le catalogue Sears représentait un moment familial : on le feuilletait ensemble, on découpait, on espérait. Les pages jouets étaient un voyage vers le paradis.
Mais Sears rate complètement le virage numérique. Et quand on dit complètement, c’est complètement. L’entreprise s’acharne sur un modèle dépassé, coupe les mauvais budgets et s’effondre lentement de 2010 à 2017. Encore aujourd’hui, plusieurs sont encore nostalgique de l’époque où on achetait presque tout chez Sears ou comme on disait au Québec « Su’Sear » !
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On voit que les années 90 n’ont pas été faciles au Québec. Sears et Kmart encore ouvert aux states.
Que de bons souvenirs. J’ai encore mon radio réveil GE acheté chez Kmart et je m’en sers encore !