Lorsqu’on entend aujourd’hui le nom « Machine Gun Kelly », on pense souvent au chanteur et rappeur américain Colson Baker, qui a adopté ce pseudonyme pour se donner une image rebelle. Mais bien avant la célébrité musicale, le nom appartenait à un criminel notoire du début du XXe siècle : George « Machine Gun » Kelly, un gangster devenu célèbre durant la période turbulente de la prohibition.


Son surnom, inspiré de son arme de prédilection, la mitraillette Thompson, évoquait la violence brutale et les règlements de comptes sanglants qui caractérisaient l’Amérique des années 1920 et 1930.
La prohibition



De 1920 à 1933, les États-Unis imposent une interdiction nationale de la fabrication, de la vente et du transport d’alcool, dans le cadre du 18e amendement à la Constitution. Cette période, connue sous le nom de prohibition, devait moraliser la société américaine et réduire les maux sociaux liés à l’alcool. Mais l’effet fut inverse : en interdisant légalement une substance demandée, on ouvrit une voie royale au crime organisé.


D’innombrables réseaux de contrebande (ou bootlegging) virent le jour, et des figures comme Al Capone ou Lucky Luciano bâtirent des empires criminels sur la distribution illégale d’alcool. C’est dans ce climat que George Kelly se tourna vers le banditisme.
De George Barnes à Machine Gun Kelly


George Kelly Barnes naît le 18 juillet 1895 à Memphis, Tennessee, dans une famille plutôt ordinaire. Il étudie brièvement à l’université avant de sombrer dans la petite délinquance, notamment la contrebande d’alcool pendant la prohibition. C’est cependant plus tard, sous l’influence de sa seconde épouse, Kathryn Thorne, que George Barnes prend le nom de « George Kelly » et bascule dans une criminalité plus sérieuse.


Kathryn joue un rôle déterminant dans la transformation de son mari en criminel célèbre. Elle lui achète une mitraillette Thompson (surnommé Tommy Gun) et commence à l’appeler « Machine Gun » Kelly, un surnom qu’elle promeut activement dans les cercles criminels pour bâtir la réputation de son époux.

Grâce à cette arme, George devient un braqueur de banques redouté dans le Midwest. Son surnom évoque non seulement l’arme elle-même, mais aussi sa prétendue habileté à s’en servir — bien que des témoins diront plus tard qu’il n’était pas aussi doué qu’on le croyait.
Rapt d’un magnat du pétrole

C’est en 1933 que George « Machine Gun » Kelly commet l’un des crimes les plus audacieux de sa carrière, celui qui précipitera sa chute : l’enlèvement de Charles Urschel, un riche homme d’affaires du pétrole à Oklahoma City. Le 22 juillet, Kelly et un complice kidnappent Urschel chez lui, sous la menace d’armes automatiques, et réclament une rançon de 200 000 dollars, une somme colossale à l’époque qui équivaut à environ 3,5 millions de dollars américains.



Mais ce que Kelly n’avait pas prévu, c’est la ruse de sa victime. Malgré les yeux bandés, Urschel mémorise les sons, les odeurs et même les habitudes de ses ravisseurs. Il remarque par exemple qu’un avion passe au-dessus de la maison à heures régulières, ce qui permettra plus tard de localiser le lieu exact de sa détention. Libéré après le paiement de la rançon, Urschel coopère pleinement avec le FBI.

C’est l’un des premiers grands succès du Bureau fédéral d’investigation, récemment réorganisé par J. Edgar Hoover. Grâce aux indices laissés par Urschel et à une traque intense, George Kelly est arrêté le 26 septembre 1933 à Memphis.


Lors de son arrestation, il aurait crié, selon la légende : « Don’t shoot, G-Men! Don’t shoot! », contribuant ainsi à populariser le terme « G-Man » (abréviation de Government Man), utilisé pour désigner les agents du FBI.
Alcatraz et la fin d’une carrière de gangster

Après un procès retentissant, George Kelly est condamné à la prison à vie pour enlèvement et extorsion. Il est incarcéré à la prison d’Alcatraz en 1934, alors toute récente. Là, il purge sa peine aux côtés d’autres figures criminelles célèbres comme Al Capone ou Alvin Karpis. À Alcatraz, Kelly est décrit comme un détenu docile, presque effacé, à des lieues de l’image violente qu’on lui avait attribuée. Il semble même regretter ses choix de vie et accepte sans résistance les conditions rigoureuses de détention.

En 1951, il est transféré à la prison fédérale de Leavenworth au Kansas, où sa santé se détériore. Il meurt d’une crise cardiaque le 18 juillet 1954, le jour de son 59e anniversaire. Contrairement à d’autres criminels devenus mythiques, sa fin est presque discrète.
Un gangster légendaire

Malgré sa réputation d’être plus « image que substance », « Machine Gun » Kelly s’inscrit comme une figure marquante de l’Amérique criminelle. Son nom inspire des films, des livres, et même des personnages de fiction.


Le fait que son surnom soit repris des décennies plus tard par un artiste musical montre bien l’empreinte culturelle qu’il a laissée. Ce nom, chargé de violence et de folklore criminel, continue d’évoquer une époque où les gangsters faisaient la une des journaux et où le bruit des mitraillettes rythmait l’histoire de l’Amérique.

Machine Gun Kelly fut un produit de son temps : un homme poussé par l’avidité, manipulé par son entourage, et finalement broyé par le système qu’il avait défié.
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