Au civil ou au criminel, il y a annuellement des milliers de procès se tenant dans les différentes Cour du Québec. Si la vaste majorité d’entre eux n’attirent pas l’attention des médias, certains sont suivis religieusement par le grand public, et c’est le cas des affaires judicaires suivantes qui ont marquées la société québécoise.
L’affaire Aurore Gagnon

Le destin tragique d’Aurore Gagnon, mieux connue sous le surnom de « La Petite Aurore l’enfant martyre », a laissé une trace durable dans la culture québécoise. En février 1920, la fillette de dix ans succombe à une septicémie provoquée par 54 blessures infligées lors de sévices répétés, ainsi qu’à un épuisement extrême. Les procès de ses bourreaux, soit son père Télésphore Gagnon et sa belle-mère Marie-Anne Houde, attirent des centaines de personnes et sont très médiatisés à l’époque, et les parents indignes sont condamnés à la prison à vie. Cette sordide histoire ne sera jamais oubliée, avec une pièce de théâtre et un film qui garderont ces événements bien vivants dans l’inconscient collectif durant de nombreuses décennies.
L’affaire Coffin

En juin 1953, le mécanicien américain Eugene Lindsay, son fils Richard et l’ami de celui-ci, Frederick Claar, séjournent près de Gaspé pour chasser l’ours. Lorsque leur camionnette tombe en panne en pleine forêt, le prospecteur minier Wilbert Coffin leur vient en aide. Quelques jours plus tard, on découvre les corps des trois chasseurs dévorés par les ours et portant des traces de balles. Au cours d’un procès contenant plusieurs irrégularités (et même si l’arme du crime n’a jamais été retrouvée), le jury condamne Coffin. Encore aujourd’hui, plusieurs doutent de la culpabilité de l’accusé, mais au moins, cette affaire judicaire, comptant parmi les plus célèbres du Canada, a directement contribué à l’abolition de la peine de mort.
L’affaire Morgentaler

Médecin et militant pour le droit à l’avortement, le docteur Henry Morgentaler ouvre sa première clinique à Montréal en 1973. Puisqu’il se trouve en violation de la loi interdisant l’interruption volontaire de grossesse, il est arrêté, accusé, déclaré innocent, puis coupable en appel à trois reprises. À travers sa longue saga judiciaire, Morgentaler soutient que l’article 251 du Code criminel interdisant les avortements est contraire à la Charte canadienne des droits et libertés, et le 28 janvier 1988, la Cour suprême lui donne raison. Ce procès, qui a débouché sur la décriminalisation de l’avortement, a eu un impact majeur sur la société québécoise comme canadienne, en laissant aux femmes le droit de disposer de leur corps.
L’affaire Norbourg

C’est en 2006 qu’éclate le plus gros scandale financier qu’ait connu le Québec. Vincent Lacroix, le fondateur de l’entreprise de fonds de placements Norbourg, est alors accusé par les autorités d’avoir orchestré un détournement d’environ 130 millions de dollars canadiens, fraudant au passage quelques 9 200 investisseurs, dont plusieurs perdent les économies de toute une vie. Malgré plus de 14 millions de dollars d’actifs mis à l’abri dans des paradis fiscaux, Lacroix a le culot de demander l’aide juridique pour sa défense, ce qui choque encore davantage le public. En 2009, il est condamné à treize ans de prison, qui s’ajoutent aux cinq ans auxquels il avait déjà été condamné dans un premier procès pénal.
L’affaire Lise Thibault

Animatrice de télévision et politicienne ayant œuvré au sein du Parti Libéral du Québec et du Canada, Lise Thibault est nommée lieutenante-gouverneure du Québec en 1997. Elle est la première femme dans cette fonction. En février 2007, elle est critiquée par les médias pour des dépenses excessives ou personnelles ayant été faites aux frais des contribuables québécois. Sur une période de dix ans, plus de 700 000 $ de dépenses injustifiées ont été effectuées. Accusée de six chefs et condamnée à 18 mois de prison ainsi qu’au remboursement de 200 000 $ au gouvernement fédéral et de 100 000 $ au provincial, son procès invalidera aussi l’argument selon lequel l’immunité royale s’appliquerait aux représentants de la Reine.
L’affaire Jacques Delisle

Juge à la Cour supérieure du Québec de 1985 à 1992 et à la Cour d’appel du Québec de 1992 à 2009, Jacques Delisle a été accusé en 2010 d’avoir assassiné sa femme. Lors du procès en 2012, son avocat plaide que son épouse s’est plutôt suicidée. En juin de la même année, un jury le trouve coupable de meurtre prémédité et il reçoit une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. La Cour d’appel du Québec rejette son appel en 2013, mais en avril 2021, le ministre fédéral de la justice David Lametti cause la surprise en annonçant un nouveau procès. Cette affaire a marqué le Québec, puisqu’il s’agit de la toute première fois qu’un juge fait face à une accusation de meurtre.
L’affaire « Éric c. Lola »

Toute cette histoire a débuté en 2013 au moment de la séparation entre « Éric », le pseudonyme donné à un milliardaire québécois, et « Lola », une mannequin avec qui il avait eu trois enfants pendant leurs sept années de vie conjugale. Lola cherchait à obtenir une pension alimentaire et le partage des biens familiaux, mais la Cour suprême a finalement tranché, confirmant que les conjoints de fait ne bénéficient pas des mêmes protections que les couples mariés. Malgré tout, cette affaire a motivé le gouvernement du Québec à réformer le droit de la famille en 2024 afin d’instaurer des mesures pour protéger les enfants naissant de parents non mariés en cas de séparation.
L’affaire Mike Ward c. Jérémy Gabriel

À 230 reprises entre 2010 et 2013, Mike Ward livre une blague sur Jérémy Gabriel dans son spectacle, un jeune homme atteint du syndrome de Treacher Collins qui, enfant, s’est fait connaître comme chanteur. Une première plainte est alors déposée devant la Commission des droits de la personne en 2015, qui enclenchera une véritable saga judiciaire s’étalant sur près d’une décennie. En 2016, un tribunal condamne l’humoriste à verser 35 000$ à Jérémy Gabriel et 7000$ à sa mère à titre de dommages moraux et punitifs. En 2019, Ward porte la cause en appel, et perd. En 2020, la Cour suprême du Canada accepte d’entendre l’affaire, et donne raison à l’humoriste. En 2022, Jérémy et sa mère récidivent, et se tournent à nouveau vers les tribunaux, réclamant 372 600$ pour diffamation, harcèlement et intimidation, mais perdent.
L’affaire Guy Turcotte

Le procès le plus médiatisé de ce début de 21ème siècle est assurément celui de l’ex-cardiologue Guy Turcotte, qui a poignardé à mort ses deux enfants de 3 et 5 ans dans la nuit du 20 février 2009. Déjà horrifié par les gestes du criminel, le public est absolument choqué lorsque le jury déclare Turcotte non criminellement responsable de ses crimes, et qu’il est interné à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal. Le 13 novembre 2013, le Cour d’appel ordonne la tenue d’un nouveau procès, et deux ans plus tard, Guy Turcotte est déclaré coupable des meurtres non prémédités de ses deux enfants. Il écope alors de 17 ans de prison sans possibilité de libération conditionnelle avant 2033.
Quand la salle d’audience devient le centre de l’attention médiatique : retour sur les affaires les plus marquantes du Québec.Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






