Accueil » Culture » Histoire » Le côté sombre de Gandhi

Le côté sombre de Gandhi

Gandhi était un grand homme... mais il n'était pas parfait !

Mohandas Karamchand Gandhi, surnommé le Mahatma (« grande âme »), est l’une des figures les plus iconiques du XXe siècle. Il est célébré à travers le monde pour sa lutte pacifique contre le colonialisme britannique en Inde, son engagement pour la non-violence (ahimsa), et sa philosophie de désobéissance civile qui inspirera des leaders comme Martin Luther King Jr. ou Nelson Mandela. Pourtant, derrière cette image de saint laïque et de guide moral universel, se cache un personnage complexe, controversé, et dont certains aspects de la vie privée et des convictions politiques soulèvent aujourd’hui de nombreuses interrogations.

Un héros de l’indépendance

Né en 1869 à Porbandar, dans l’ouest de l’Inde, Gandhi fait ses études de droit à Londres avant de s’installer en Afrique du Sud en 1893, où il passe plus de deux décennies. C’est là qu’il développe ses premières réflexions sur la justice, la résistance civile et les droits des minorités. En 1915, il retourne en Inde, où il devient la figure de proue du mouvement pour l’indépendance. Par ses marches symboliques, ses grèves de la faim et sa capacité à mobiliser les masses sans recourir à la violence, il contribue à affaiblir l’emprise britannique, jusqu’à l’indépendance de l’Inde en 1947.

Mais cette légende du pacifiste et du sage masque une part d’ombre que de nombreux chercheurs, biographes et témoins ont commencé à mettre en lumière ces dernières décennies.

Un racisme explicite en Afrique du Sud

Durant son séjour en Afrique du Sud, Gandhi ne défend pas d’emblée l’égalité universelle. Ses écrits et discours de l’époque montrent qu’il nourrit une vision hiérarchique des races, où les Indiens se situent au-dessus des Noirs africains. Il dénonce à plusieurs reprises le fait que les Indiens soient traités comme les Noirs, et il décrit ces derniers comme « sauvages » ou « paresseux ». Dans une lettre de 1896, il écrit : « Les Kaffirs sont généralement incivilisés […] ils sont sales et vivent comme des animaux. » (Kaffir étant un terme raciste très péjoratif).

Gandhi à l’époque où il pratiquait le Droit en Afrique du Sud

Dans ses plaidoyers, Gandhi demande que les Indiens soient distingués des Africains, qu’il considère comme inférieurs. Il s’oppose à la mixité raciale dans les prisons et les transports. Ce n’est qu’à un stade plus avancé de sa vie qu’il atténuera ces propos, mais sans jamais vraiment les renier publiquement.

Des pratiques sexuelles controversées

Mohandas Gandhi en 1935

Parmi les aspects les plus dérangeants de la vie de Gandhi figure sa relation ambiguë avec la sexualité. Il fait vœu de chasteté absolue à partir de 36 ans, même envers sa propre épouse Kasturba, il affirme vouloir purifier son âme par l’abstinence. Mais à partir des années 1940, il met en place une pratique troublante : dormir nu avec de jeunes filles, nues elles aussi, pour « tester » sa capacité à rester chaste.

Des témoignages concordants, y compris ceux de ses proches, rapportent qu’il partage régulièrement son lit avec des jeunes filles nues, dont certaines ont à peine 16 ou 17 ans, comme sa nièce Manu Gandhi ou Abha Gandhi. Il prétend que ces « expériences » spirituelles visent à renforcer sa maîtrise de soi. De nos jours, cette explication ne suffirait évidemment pas pour justifier ce comportement profondément inapproprié, voire abusif.

La biographe Rita Banerji, entre autres, dénonce une dynamique de pouvoir malsaine et une manipulation mentale déguisée en spiritualité. Certains historiens vont jusqu’à évoquer une forme de prédation sexuelle dissimulée sous un discours religieux.

Un conservatisme social marqué

Gandhi avec la future Première ministre de l’Inde Indira Gandhi (même s’ils ont le même nom de famille, ils n’ont aucun lien de parenté)

Gandhi s’oppose à de nombreuses évolutions sociales modernes. Il rejette notamment l’usage de la contraception, même dans les cas de misère extrême, préférant prôner la maîtrise sexuelle. Il affiche également une méfiance envers l’industrialisation, prônant un retour à la vie rurale et artisanale, au détriment de la modernisation économique du pays.

Un jeune homme battu par des étudiants de caste supérieure lors d’une manifestation pour les droits des Dalits

Par ailleurs, malgré sa lutte contre les castes, il entretient un rapport ambigu avec les Dalits*. Bien qu’il les renomme « Harijans » (« enfants de Dieu »), il refuse de soutenir certaines revendications d’autonomie politique des intouchables, comme celles défendues par le juriste et militant B. R. Ambedkar, qui accuse Gandhi d’entretenir un système de domination sociale sous des allures de réconciliation.

* Les Dalits, anciennement appelés intouchables, sont la caste la plus basse du système social hindou. Historiquement exclus et chargés des tâches jugées impures, ils ont longtemps subi discrimination et violence. Bien que protégés par la Constitution indienne moderne, ils restent souvent marginalisés, surtout dans les zones rurales et conservatrices.

Témoignages et critiques internes

Plusieurs contemporains de Gandhi expriment leur malaise face à son comportement. Pyarelal, son secrétaire personnel, reconnaît la gêne que suscitent les expériences nocturnes du Mahatma auprès de ses proches. Jawaharlal Nehru, futur Premier ministre de l’Inde, exprime à demi-mot sa désapprobation. Même certains disciples fidèles finissent par s’éloigner, en désaccord avec ses pratiques ou sa vision dogmatique de la politique.

Une fin brutale

Le 30 janvier 1948, moins d’un an après l’indépendance de l’Inde, Gandhi est assassiné à New Delhi par Nathuram Godse, un extrémiste hindou qui lui reproche sa tolérance envers les musulmans et sa volonté de réconciliation après les violences de la partition. Ironiquement, c’est au nom de la religion que cet homme de paix trouve la mort.

Un héritage complexe

Gandhi est généralement reconnu comme une figure majeure de l’histoire mondiale, et son message de non-violence conserve une portée universelle. Cependant, il est aujourd’hui essentiel de ne pas idéaliser à outrance un personnage dont les convictions et les comportements ont souvent été empreints de contradictions.



Lorsqu'on idéalise certaines personnes, on a tendance à occulter leur côté obscur.
Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!
Moyenne de 5 sur 7 votes

Photo de profil de François Paquette

François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

On veut votre avis sur ce contenu québécois