En 1994, dans le parc Safari Africain de Port-Saint-Père, près de Nantes, une attraction ouvre ses portes sous le nom de « Village de Bamboula ». Officiellement, il s’agit d’une reconstitution d’un village ivoirien, destinée à promouvoir le tourisme en Côte d’Ivoire.
Officieusement, c’est une entreprise profondément raciste et déshumanisante, qui rappelle les heures les plus sombres des expositions coloniales.


Le nom même de l’attraction, « Bamboula », est tiré d’une marque de biscuits chocolatés commercialisés par la Biscuiterie Saint-Michel. Le personnage publicitaire associé à ces biscuits, caricatural et stéréotypé, devient le symbole d’un partenariat douteux entre marketing, exotisme de pacotille et exploitation humaine. Le directeur du parc, Dany Laurent, voit dans ce projet une opportunité commerciale et touristique. Il fait venir une trentaine d’Ivoiriens (artisans, musiciens, danseurs) pour animer le village, censé représenter la culture ivoirienne.

Mais derrière les cases en argile et les toits de chaume, la réalité est brutale. Les passeports des participants sont confisqués dès leur arrivée, les empêchant de quitter le site. Ils vivent dans des conditions précaires, dorment à même le sol sur des matelas partagés, et sont payés bien en dessous du salaire minimum légal en France. Le droit du travail français ne leur est pas appliqué : le parc prétend que le droit ivoirien prévaut dans cette enclave, une aberration juridique qui choque les syndicats et les défenseurs des droits humains.


Les enfants des participants ne sont pas scolarisés, ou seulement quelques heures par semaine, et les soins médicaux sont assurés… par les vétérinaires du parc. Les représentations folkloriques s’enchaînent toutes les demi-heures, sept jours sur sept, sous le regard amusé des visiteurs. Les Ivoiriens sont réduits à des objets de spectacle, exposés comme autrefois dans les zoos humains du XIXe siècle.


Face à cette situation, un collectif baptisé « Non à la réserve humaine », composé de syndicats comme la CGT et d’associations de défense des droits de l’Homme, se mobilise. Il dénonce publiquement les conditions de vie et de travail des participants, ainsi que le caractère profondément raciste de l’attraction. La pression médiatique monte, les protestations se multiplient, et la polémique enfle.


Sous la pression, le parc ferme le village en septembre 1994, après seulement cinq mois d’exploitation. Le scandale est tel que la Biscuiterie Saint-Michel retire ses biscuits Bamboula du marché, et le personnage publicitaire disparaît. En 1997, le tribunal de grande instance de Nantes condamne le parc pour violation du droit du travail et atteinte aux libertés fondamentales, notamment le droit d’aller et venir.



Le « Village de Bamboula » est considéré comme le dernier zoo humain en France. Sa fermeture marque la fin de la marchandisation de l’exotisme, fondée sur des stéréotypes raciaux en occident. Il montre aussi que le racisme systémique peut se dissimuler derrière des façades touristiques, et que la vigilance citoyenne reste essentielle pour défendre la dignité humaine.
Il n'y a pas si longtemps, il y avait un zoo humain en France.Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






