Au Québec, quand on parle de dinde, personne ne reste indifférent. Soit on raconte la fois où on en avait trente devant chez nous, soit on connaît LA meilleure recette pour éviter de faire une dinde sèche à Noël. Certains ont des histoires plus colorées aussi… J’en ai souvent vu traverser des routes de campagne à la queue leu leu, nullement impressionnées par ma voiture qui attend… Et quand il n’en reste que deux à traverser, va savoir quels fils se touchent dans leur tête, mais les quarante dindes se retournent et retraversent la route en sens inverse!
S’cuse boss, y avait du trafic de dindes sur le 11e rang…
C’est rien ça! J’en ai frappé une, moi! Ça a fait un nuage de plume pas possible et ça a bossé mon bumper!
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Question dinde, le Québécois amateur de running gags se doit de mentionner la fameuse «grosse dinde nwére» de Gatineau (Si vous n’avez pas la référence, je vous invite à aller faire un tour sur Youtube!), ainsi que l’«invasion» de dindes durant la Covid.
Bref, qu’en est-il vraiment de ce volatile plus que présent dans notre province? Vous trouverez sans doute dans cet article quelques funfacts à ajouter à votre répertoire de blagues dindesques!
La poule d’Inde, une histoire de gastronomie
Quand les colons, guidés par LE monsieur Colomb, Christophe de son petit nom, ont traversé l’océan Atlantique avec comme objectif d’arriver en Inde, ils se sont heurté à une toute nouvelle nature mystérieuse et très très «indienne». Ainsi baptisèrent-ils quelques espèces telles que le blé d’Inde, le cochon d’Inde, et la poule d’Inde. C’est un trait d’esprit plutôt faible, avouons-le, et, malheureusement, cette confusion historique colore encore aujourd’hui notre jolie langue française.
Au moment de sa «découverte», la poule d’Inde, aujourd’hui simplement appelée dinde ou dindon, fut à l’origine d’un mouvement culinaire en Europe. L’exotisme étant une preuve de richesse, cette fameuse volaille venue de l’autre côté de l’océan fut rapidement élevée en Europe et introduite à la table des rois pour les grandes occasions. Il y en avait au menu pour les couronnements, les anniversaires, les mariages (… et à Noël!) en remplacement de la volaille plus ordinaire que représentaient le poulet et la pintade.

Même s’il ne s’agissait pas d’un volatile rare en Amérique, il reste le tout premier oiseau dont on a fait l’élevage sur le continent. D’ailleurs, il était consommé par des tribus des Premières Nations lors de festivals, notamment celui du solstice d’hiver. Vous savez… Noël?
Si vous vous posiez la question: pourquoi la dinde dans le temps des fêtes? Vous avez votre réponse: c’était la seule volaille qui était facilement disponible (pas besoin de la chasser) de notre côté de l’océan, et la volaille la plus fancy de l’autre côté!
Pas étonnant qu’elle soit si fortement ancrée dans nos traditions avec cette double origine festive!
D’ailleurs, avez-vous déjà une recette pour Noël? Je vous en partage une, au cas où!
Le voisin (pas trop idéal) de l’étalement urbain
Contrairement à d’autres espèces, le dindon sauvage s’accommode très bien de notre présence. En fait, la présence humaine a même permis à l’espèce de prospérer! Comment est-ce possible? Eh bien les animaux qui souffrent de notre présence sont souvent des espèces qui ne peuvent pas se déplacer aisément, qui ont un régime alimentaire très strict, un territoire très vaste (comme c’est le cas pour les prédateurs), ou encore les espèces sensibles à une certaine pollution (chimique, lumineuse, sonore, etc.).
Ainsi, le poisson ne change pas de lac si le sien est asséché, la chenille ne survit pas si elle n’a pas à proximité sa plante de prédilection, le lynx ne tolère pas qu’une ville s’érige dans son territoire de chasse, et les salamandres meurent en cas d’excès de pesticide dans leur rivière.
Les dindons n’ont aucun de ces problèmes. En fait, ils bénéficient même des problèmes des autres!
Changer de place? Ils volent!
Manger? N’importe quoi fera l’affaire: les restants de graines ou de racines d’un champ coupé, les fruits, les insectes, les poubelles…
C’est un opportuniste, comme le raton-laveur. Du coup, pas besoin d’un grand territoire naturel pour se nourrir: les villes, banlieues et régions agricoles feront bien l’affaire et, coup de chance, ce sont des endroits souvent dépourvus de prédateurs parce que eux, ils ont besoin de nature sauvage. Oh, bien sûr, il reste toujours quelques renards ou coyotes, mais comme ils sont aussi opportunistes: pourquoi chasser le gros dindon, si un cerf mort traîne sur la route?
Bref, le dindon est très résistant et l’absence de prédateur rend sa vie douce et paisible… Il y a de quoi rire de la situation!
Je blague, les dindons ne rient pas… mais avouez que leur «chant» laisse croire qu’ils se moquent de nous!
Selon des études, sur la douzaine d’œufs que la femelle pond chaque année, seulement 25% des jeunes survivent en présence de prédateurs. Ils passent les deux premières semaines de leur vie au sol, et sont alors très vulnérables. Mais ça, c’est un chiffre général et très contextuel à mon avis. La maman dindon qui pond dans un énorme champ, près d’une forêt, n’aura peut-être que deux ou trois jeunes qui passeront le cap des deux semaines… Mais celle qui pond près de la route, à côté du dépanneur, ou dans un parc de ville aura certainement un plus grand succès en absence de prédateurs!
La dinde aujourd’hui, une peste qui dérange
L’humain arrive, la vie va très bien pour les dindes, et rapidement, leur population explose! Tellement, qu’elles doivent trouver de nouveau territoires où s’installer… et, coup de chance, les températures au nord sont de plus en plus clémentes avec le réchauffement climatique. Les populations commencent à se disperser, et voilà que dans les années 1970, les premières dindes sauvages arrivent dans le sud du Québec. Oui, oui, vous avez bien lu: il n’y a des dindons au Québec que depuis une cinquantaine d’années!
Très à l’aise chez nous, la dinde se retrouve aujourd’hui jusque dans les Laurentides. La rigueur des hivers l’empêche pour le moment de s’étendre encore plus vers le nord, mais ce n’est pas faute d’essayer! Les cultivateurs du nord du fleuve commencent à avoir de sérieux problèmes avec la dinde! Elle pousse parfois l’affront jusqu’à s’installer sur les perrons, comme si elle était chez elle. Une bande de 30 dindes dévore les semences et semis d’un champ entier au printemps, et il semblerait qu’elles soient même… agressives! Un ergo sur les pattes dispose d’une griffe très tranchante et elle pourrait s’en servir pour attaquer!
Bon, je n’ai jamais fait l’expérience d’une attaque de dinde, mais j’imagine parfaitement que si sa survie en dépend, elle ne se laisse pas déloger facilement… Bref, faites attention aux dindes, on sait jamais!

Pour le moment, la chasse par les humains est le seul moyen de contrôle de population. Un chasseur disposant d’un permis pourra tuer au total trois individus: deux mâles au printemps, et un autre animal à l’automne, mâle ou femelle. Si vous voulez protéger votre territoire, équipez-vous d’un tel permis, il est illégal de tuer un animal sans cela.
Oh et ne pensez pas faire une bonne action en mangeant plus de dinde d’épicerie, en passant… Celles-ci ne sont pas chassées, elles proviennent d’élevages: il est interdit de vendre de la viande chassée, c’est seulement pour sa consommation personnelle. Mais attention… si vous mangez ses semblables et qu’elle l’apprend, la grosse dinde noire pourrait bien vous prendre en grippe… et venir ruiner votre couch!
Un problème pour plusieurs, mais aussi un emblème de la cuisine festive: voici tout ce qu'il faut savoir sur le dindon sauvage!Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






