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Les 5 assassinats politiques les plus marquants du 21 siècle

Quand les idées et les paroles tuent.

Depuis le début du XXIᵉ siècle, plusieurs assassinats politiques ont bouleversé le cours de l’histoire mondiale. Certains ont révélé la fragilité de la démocratie, d’autres ont exposé des tensions sociales, ethniques ou religieuses profondément enracinées. Ces actes violents rappellent que la politique reste un terrain où les passions, lorsqu’elles s’exacerbent, peuvent mener à la violence.

Voici cinq des assassinats les plus marquants depuis l’an 2000 jusqu’à aujourd’hui.

1. Benazir Bhutto – Pakistan (27 décembre 2007)

Fille de l’ancien premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, Benazir Bhutto fut une figure charismatique et controversée de la politique pakistanaise. Première femme à diriger un gouvernement dans un pays musulman moderne, elle incarna l’espoir d’un Pakistan démocratique et ouvert. Son retour d’exil en 2007, après des années de pressions militaires et judiciaires, souleva l’enthousiasme populaire.

Benazir Bhutto quelques instants avant sa mort

Pourtant, son combat pour la démocratie se heurta frontalement à l’islamisme radical. Le 27 décembre 2007, lors d’un rassemblement à Rawalpindi, elle fut tuée dans un attentat-suicide. Les talibans furent rapidement désignés comme responsables, eux qui voyaient en Bhutto une menace à leur vision fondamentaliste. L’extrême-droite religieuse n’acceptait pas qu’une femme soit à la tête du Pakistan.

Sa mort provoqua des émeutes, plongea le pays dans le chaos et marqua un tournant pour le Pakistan. Elle montre bien qu’il est extrêmement ardu et dangereux de tenter d’instaurer une démocratie stable dans une nation tiraillée entre modernité et radicalisme.

2. Rafic Hariri – Liban (14 février 2005)

Homme d’affaires prospère devenu premier ministre, Rafic Hariri fut l’artisan de la reconstruction du Liban après la guerre civile. Visionnaire, il rêvait de transformer Beyrouth en carrefour économique du Moyen-Orient. Mais son indépendance et ses positions critiques envers l’occupation syrienne du Liban lui attirèrent de puissants ennemis.

Le 14 février 2005, une explosion massive ravagea son cortège sur le front de mer de Beyrouth. L’attentat tua Hariri et plus de vingt autres personnes. Très vite, la Syrie fut soupçonnée, bien que Damas ait nié toute implication. L’émotion fut immense : des centaines de milliers de Libanais descendirent dans la rue, donnant naissance au « printemps de Beyrouth » et à la « révolution du Cèdre », qui força finalement le retrait des troupes syriennes.

Cette attaque d’une barbarie insensée illustre combien une figure charismatique peut cristalliser l’espoir d’un peuple, et combien sa disparition peut transformer le paysage géopolitique d’une région entière.

3. Boris Nemtsov – Russie (27 février 2015)

Boris Nemtsov, ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, était devenu l’un des opposants les plus farouches à Vladimir Poutine. Défenseur des libertés et dénonciateur de la corruption, il incarnait une Russie alternative : ouverte, libérale et tournée vers l’Europe. Au moment de sa mort, il préparait une manifestation contre la guerre en Ukraine.

Le corps criblé de balles de Boris Nemtsov

Le 27 février 2015, il fut abattu de plusieurs balles à quelques pas du Kremlin, haut lieu symbolique du pouvoir russe. L’attentat, exécuté avec un professionnalisme glaçant, envoya un message clair : l’opposition radicale à Poutine n’avait pas sa place dans la Russie contemporaine.

Si plusieurs exécutants furent arrêtés, les commanditaires n’ont jamais été formellement identifiés. Pour l’opinion internationale, cet assassinat confirma la dérive autoritaire du régime russe et l’absence de véritable opposition interne. L’histoire récente renforce cette théorie avec le régime de Poutine plus autoritaire et violent que jamais. Les adversaires de Vladimir Poutine en ont payé le prix et aujourd’hui, plus personne ne s’oppose à ce tyran moderne.

4. Jovenel Moïse – Haïti (7 juillet 2021)

Élu en 2016, Jovenel Moïse gouverna Haïti dans un climat de tensions croissantes, marqué par l’instabilité institutionnelle, les accusations de corruption et une explosion de la violence des gangs. Contesté par une partie de la population, soutenu par d’autres, il se maintint au pouvoir dans un contexte où la légitimité même de son mandat était débattue.

Une partie du commando qui a assassiné Jovenel Moïse

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, un commando armé pénétra dans sa résidence privée à Port-au-Prince et l’assassina. Sa femme fut gravement blessée. L’attaque, menée par d’anciens mercenaires étrangers, dont un ancien informateur secret de la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis, plongea le pays dans un vide politique dramatique.

Les armes saisies

Les motivations réelles derrière ce meurtre sont un amalgame de rivalités politiques internes, intérêts économiques et influences internationales. Mais ses conséquences furent claires : l’État haïtien, déjà fragile, sombra un peu plus dans le chaos, ouvrant la voie à une instabilité durable.

5. Charlie Kirk – États-Unis (10 septembre 2025)

La mort de Charlie Kirk, figure médiatique de l’extrême droite américaine et fondateur de Turning Point USA, marqua un tournant inattendu dans la politique contemporaine. Connu pour ses discours enflammés et son fondamentalisme chrétien, Kirk s’était imposé comme l’un des visages de la droite dure américaine, multipliant les attaques contre les femmes, les minorités et les personnes LGBTQ+ jusqu’à ce qu’un assassin ne le fasse taire à jamais en lui tirant dans le cou depuis le toit d’un édifice voisin de la cour extérieure de la Utah Valley University où Kirk s’exprimait justement en faveur des armes à feu. Le drame s’est déroulé devant une foule horrifiée et des millions d’internautes y ont assisté lorsque des vidéos non-censurés ont été diffusées sur les réseaux sociaux.

Charlie Kirk était un agitateur dont le discours était extrêment polarisant. Ses propos haineux avaient nourri à la fois l’adoration de ses partisans et la répulsion de ses adversaires. Voici quelques citations qui illustrent le caractère incendiaire de ses prises de position :

Sur les personnes transgenres :

« A man who calls himself trans is wearing ‘woman face,’ no different than I would wear Black face trying to be a Black person. »
Traduction : « Un homme qui se dit trans porte un ‘visage de femme’, ce n’est pas différent de si je portais un visage noir pour prétendre être une personne noire. »

« Trans is a mental delusion. »
Traduction : « Être trans, c’est un délire mental. »

Sur les personnes noires :

« If I see a Black pilot, I’m going to be like, boy, I hope he’s qualified. »
Traduction : « Si je vois un pilote noir, je vais me dire : bon sang, j’espère qu’il est qualifié. »

« Moronic Black woman … is she there because of her excellence, or is she there because of affirmative action? »
Traduction : « Une femme noire stupide… est-elle là pour son excellence, ou à cause de la discrimination positive ? »

Sur les femmes :

« Submit to your husband, you are not in charge. »
Traduction : « Soumets-toi à ton mari, tu n’es pas aux commandes. »

Sur l’homosexualité :

« Homosexuality is a sin… » (suivi de références bibliques justifiant la condamnation des relations homosexuelles).
Traduction : « L’homosexualité est un péché… »

Sur les armes à feu :

« I think it’s worth it. I think it’s worth to have a cost of, unfortunately, some gun deaths every single year so that we can have the Second Amendment to protect our other God-given rights. »

Traduction : « Je pense que ça en vaut la peine. Je pense qu’il vaut la peine d’avoir, malheureusement, quelques morts par armes à feu chaque année, afin que nous puissions avoir le deuxième amendement* pour protéger nos autres droits donnés par Dieu. »

*Le Deuxième Amendement permet aux américains d’acquérir et dans certains états, de porter des armes presque sans aucune restriction.

L’ironie tragique de cette citation est désormais évidente : Kirk lui-même est tombé sous les balles, rejoignant la liste de ces morts qu’il considérait naguère comme un prix acceptable pour la liberté de porter des armes.

Motivations et conséquences

Au moment d’écrire ces lignes, les motivations exactes du tueur restent nébuleuses. Ce qui est certain, c’est que la polarisation extrême de la société américaine a créé un climat propice à la violence. Kirk, adulé par ses partisans conservateurs qui le décrivaient comme une sorte de messie, était en même temps jugé trop modéré par certains extrémistes encore plus radicaux, tels que les « groypers » de Nick Fuentes, figure néo-nazie notoire.

Sa mort a immédiatement été instrumentalisée : Donald Trump et d’autres figures de la droite américaine s’en sont emparés pour en faire un martyr, renforçant la dynamique victimaire qui alimente depuis longtemps l’extrême droite.

Les conservateurs de droite se sont empressés d’accuser l’extrême-gauche politique de fomenter la violence. Mais dans les faits, les extrémistes de droite sont coupables de beaucoup plus de meurtres comme le montre ce graphique de façon claire :

Pour les détracteurs de Kirk, son assassinat met surtout en lumière les conséquences délétères d’un discours basé sur la haine, la division et l’exclusion.

De Bhutto à Kirk, en passant par Hariri, Nemtsov et Moïse, ces assassinats révèlent combien la politique contemporaine polarise et divise la société, ouvrant la porte à l’extrémisme et la violence. Chaque meurtre a ses spécificités, mais toutes ont en commun de rappeler que, même au XXIᵉ siècle, les mots et les idées peuvent tuer.



Dans une société polarisée gangrenée par l'extrémisme, les paroles et les idées peuvent tuer.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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