Accueil » Culture » Musique » L’extravagance de Robert Charlebois

L’extravagance de Robert Charlebois

Robert Charlebois est un véritable trésor national !

Robert Charlebois est l’un des artistes les plus marquants et influents de l’histoire culturelle du Québec. Auteur-compositeur-interprète, acteur, entrepreneur, il incarne à lui seul la modernisation de la chanson québécoise et son arrimage au rock psychédélique nord-américain des années 1960-70. Sa verve, son audace et son style unique ont profondément transformé le paysage artistique francophone. Retour sur la vie et la carrière d’un géant toujours actif, qui continue d’inspirer des générations d’artistes.

Une enfance montréalaise entre musique et rigueur

Robert Charlebois naît le 25 juin 1944 à Montréal, dans le quartier d’Ahuntsic. Il grandit dans une famille francophone catholique de classe moyenne. Son père, comptable, insiste sur l’éducation et la discipline, tandis que sa mère l’initie à la musique classique et populaire. Très jeune, Robert développe un goût prononcé pour le piano, qu’il commence à apprendre dès l’enfance. Il montre rapidement une facilité à retenir les mélodies et à improviser.

Étudiant brillant, il poursuit des études au Collège Sainte-Marie avant de fréquenter brièvement l’université. Toutefois, la musique l’appelle plus fortement que les bancs d’école. Inspiré par la chanson française, notamment Georges Brassens et Léo Ferré, il fait ses premières armes comme chansonnier dans les cabarets montréalais au début des années 1960.

Un chansonnier prometteur

Charlebois enregistre son premier album en 1965, simplement intitulé Volume 1. À cette époque, il s’inscrit dans la lignée des chansonniers traditionnels québécois. Ses textes sont poétiques, engagés, porteurs d’une sensibilité typiquement francophone. Il remporte le premier prix du Festival du disque de Montréal en 1966 et participe à des émissions de télévision comme Les Bozos, qui font connaître les jeunes talents du Québec.

L’Osstidcho : détonateur de la révolution culturelle

En 1968, Charlebois participe à un spectacle devenu mythique : l’Osstidcho. Cette production éclatée et subversive, montée avec Louise Forestier, Yvon Deschamps et Mouffe, brise les conventions du cabaret traditionnel. Le titre même du spectacle, jeu de mots entre « hostie » et « show », annonce la couleur : irrévérence, provocation et humour corrosif.

Sur scène, Charlebois électrise le public avec ses chansons en joual, ses rythmes inspirés du rock américain et son énergie brute. L’Osstidcho donne une voix à une nouvelle génération québécoise qui rejette les carcans de l’Église, du colonialisme culturel et du français normatif. Ce spectacle marque une véritable révolution artistique : c’est la naissance d’un Québec moderne, libre, bruyant, qui chante fort et qui pense autrement.

Pour Charlebois, c’est un tremplin majeur. Il devient l’un des chefs de file de cette renaissance culturelle, aux côtés de Deschamps et Forestier. Le Québec ne sera plus jamais le même

Le choc psychédélique

Après l’Osstidcho, Charlebois part en voyage en Californie qui le transforme radicalement. Là-bas, il découvre le rock psychédélique, la contre-culture, le LSD et l’esprit libertaire de la jeunesse américaine. Il décide alors de fusionner cette énergie nouvelle avec la langue québécoise. En 1968, il fait sensation au Festival de Spa, en Belgique, avec une performance explosive et déjantée qui divise le public. Certains crient au scandale, d’autres au génie.

Cette même année, il lance l’album Lindberg, en collaboration avec la poétesse Louise Forestier. Le disque devient un classique instantané. La chanson-titre, Lindberg, alliant rock électrique, joual décomplexé et humour absurde, marque un tournant dans la musique québécoise. Fini le français normatif des chansonniers ; place au parler québécois cru, coloré, libéré. Le spectacle présenté à l’Olympia choque le public français et on tente de sortir Robert de la scène. Sa réaction ? Il s’installe au drum et fait un solo spectaculaire qui fait voler une des caisses de la batterie dans l’assistance !

Une carrière prolifique et multiforme

Dans les années 1970, Robert Charlebois devient une figure emblématique de la Révolution tranquille culturelle. Il enchaîne les albums marquants : Robert Charlebois avec Louise Forestier (1969), Québec Love (1970), Solidaritude (1971), Longue Distance (1976). Il mélange les styles : rock, funk, jazz et pop. Charlebois repousse sans cesse les limites de la chanson francophone.

Parallèlement, il développe une carrière d’acteur. On le voit notamment dans Deux femmes en or (1970), un succès du cinéma québécois. Il joue aussi dans Bulldozer, Les 1001 nuits ou encore dans des productions françaises. Il compose plusieurs musiques de film et explore la mise en scène et la scénographie.

Artiste engagé, Charlebois prend position sur de nombreux enjeux sociaux, culturels et politiques. Sans être militant indépendantiste de façon formelle, il incarne une fierté québécoise assumée, provocante et poétique.

L’homme d’affaires et le brasseur

Dans les années 1990, Charlebois surprend encore en cofondant Unibroue, une microbrasserie artisanale québécoise qui deviendra un fleuron du marché. Parmi ses bières les plus connues, on retrouve La Fin du Monde, Maudite et Don de Dieu. Le succès est tel que la marque est exportée partout en Amérique du Nord et en Europe.

Cette aventure entrepreneuriale témoigne d’un Charlebois curieux, touche-à-tout, qui refuse de se limiter à un seul domaine. Il vendra ses parts en 2004, mais reste associé à l’image de la marque.

Une reconnaissance internationale

Robert Charlebois est l’un des rares artistes québécois à avoir connu une réelle reconnaissance à l’échelle francophone. Il s’est produit en France aux côtés de Julien Clerc, Joe Dassin et Charles Aznavour, et a collaboré avec de nombreux artistes : Diane Dufresne, Plume Latraverse, Jean Leloup, et plus récemment Ariane Moffatt et Patrick Bruel.

Robert Charlebois avec Charles Aznavour

Il reçoit de nombreux prix et distinctions au fil de sa carrière : Félix Hommage en 1990, officier de l’Ordre national du Québec en 1994, officier de l’Ordre du Canada en 1999, doctorat honoris causa de l’Université de Montréal, etc. Il est également honoré par l’Académie Charles-Cros en France.

Aujourd’hui : toujours sur la route

À plus de 80 ans, Robert Charlebois ne ralentit pas. En 2025, il présente un spectacle où il interprète ses classiques accompagné d’un orchestre symphonique.

L’artiste légendaire continue également d’écrire, de composer, de donner des entrevues riches en anecdotes, et de faire preuve d’un esprit toujours vif, irrévérencieux et curieux.

Un monument vivant

Robert Charlebois n’est pas seulement un chanteur ou un musicien : il est un symbole de l’affirmation culturelle du Québec. Il a donné au joual une légitimité poétique. Il a fait entrer l’électricité dans la chanson francophone. Il a démontré qu’on pouvait être à la fois drôle, profond, éclaté et rassembleur.

En somme, Robert Charlebois est un monument vivant. Et si sa voix est un peu plus rauque qu’avant, elle continue de résonner dans l’imaginaire collectif, comme un rappel de ce que le Québec a de plus fort, de plus libre, de plus unique.



Robert Charlebois a écrit quelques-unes des plus belles chanson québécoises.
Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!
Moyenne de 5 sur 1 vote

Photo de profil de François Paquette

François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

On veut votre avis sur ce contenu québécois