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Magellan et le premier tour du monde

Magellan : de l'Atlantique au Pacifique

Au début du XVIᵉ siècle, l’Europe vit au rythme des grandes explorations. Les puissances maritimes cherchent de nouvelles routes vers l’Asie afin de contourner les intermédiaires commerciaux et d’accéder directement aux épices, aux soieries et aux richesses de l’Orient. Dans ce contexte d’audace et de rivalités, un navigateur portugais, Fernand de Magellan, s’engage dans une entreprise que beaucoup jugent irréalisable : rejoindre les îles aux Épices en naviguant vers l’ouest. Son expédition deviendra la première circumnavigation de l’histoire, transformant profondément la compréhension géographique du monde.

Une jeunesse tournée vers la mer

Fernand de Magellan naît vers 1480 dans le nord du Portugal, probablement à Sabrosa. Issu d’une petite noblesse, il reçoit une formation qui lui ouvre les portes de la cour royale. Très tôt, il est attiré par la navigation, discipline en plein essor grâce aux avancées en cartographie et en astronomie.

Encore jeune homme, il participe aux expéditions portugaises vers l’océan Indien. Il se rend notamment en Inde, puis à Malacca — carrefour commercial majeur en Asie du Sud-Est — et peut-être jusqu’aux Moluques. Ces voyages forgent son expérience maritime et lui permettent de comprendre l’immensité des territoires déjà explorés par le Portugal.

Cependant, sa carrière prend un tournant inattendu. Accusé de commerce illégal après une campagne au Maroc, il perd la faveur du roi Manuel Iᵉʳ. Convaincu qu’il existe une route occidentale vers l’Asie, il propose son projet à la cour portugaise, qui le rejette. Magellan se tourne alors vers l’Espagne, rivale directe dans la course aux océans.

Le pari espagnol

Le traité de Tordesillas

En 1518, le jeune roi Charles Iᵉʳ d’Espagne (Charles Quint) accepte de soutenir l’expédition. L’objectif est autant économique que stratégique : atteindre les îles aux Épices sans traverser les zones contrôlées par le Portugal, conformément au traité de Tordesillas qui divise le monde entre les deux puissances.

Magellan reçoit cinq navires — Trinidad, San Antonio, Concepción, Victoria et Santiago — ainsi qu’environ 270 hommes de diverses nationalités. Cette diversité annonce déjà les tensions à venir : certains capitaines espagnols se méfient de ce commandant portugais investi d’une mission capitale.

Sanlúcar de Barrameda en 1519

Le 20 septembre 1519, la flotte quitte Sanlúcar de Barrameda. Après une traversée relativement maîtrisée de l’Atlantique, les navires atteignent les côtes de l’Amérique du Sud. Magellan cherche obstinément un passage vers l’ouest permettant de rejoindre un autre océan encore mal connu.

Mutineries

Au printemps austral de 1520, l’expédition s’installe dans une baie de Patagonie pour hiverner. Le froid est intense, les vivres diminuent et le moral s’effondre. Trois capitaines se révoltent contre l’autorité de Magellan, estimant la mission trop risquée.

Magellan punissant les mutins

La réaction du navigateur est implacable. Il fait exécuter un meneur, abandonne un autre sur la côte et reprend le contrôle de la flotte. Cet épisode révèle un chef déterminé, capable de décisions extrêmes pour préserver l’objectif de l’expédition.

Peu après, un des navires, le Santiago, fait naufrage lors d’une mission de reconnaissance. Malgré ces pertes, Magellan poursuit sa progression vers le sud.

Le détroit de Magellan

En octobre 1520, la flotte atteint enfin un passage sinueux entre l’Atlantique et l’océan inconnu. Pendant plus d’un mois, les navires avancent entre falaises, vents violents et courants imprévisibles. L’un d’eux, le San Antonio, déserte et retourne en Espagne.

Magellan persiste. Le passage débouche finalement sur une mer étonnamment calme. Il la nomme « Pacifique ». Le détroit portera plus tard son nom, une reconnaissance majeure dans l’histoire de la géographie, car il offre pour la première fois une voie maritime naturelle entre deux océans.

Mais le plus difficile reste à venir.

La traversée du Pacifique

Magellan sous-estime considérablement l’étendue de cet océan. Pendant plus de trois mois, la flotte navigue sans trouver de ports sûrs. Les vivres pourrissent, l’eau devient impropre à la consommation et le scorbut décime l’équipage.

L’océan Pacifique est si vaste qu’il recouvre presque la moitié du globe

Les marins mangent du cuir bouilli, de la sciure et des rats lorsque ceux-ci sont disponibles. Pourtant, la discipline tient bon. En mars 1521, les survivants atteignent enfin l’île de Guam, puis l’archipel des Philippines. Cette traversée constitue l’une des plus impressionnantes performances maritimes de l’époque. Elle démontre concrètement la dimension planétaire des océans et modifie les cartes européennes.

La mort de Magellan

Magellan accueilli par des indigènes en atteignant l’Île de Guam

Aux Philippines, Magellan adopte une stratégie mêlant diplomatie et démonstration de force. Il conclut des alliances avec certains chefs locaux et comme tout bon conquérant européen, cherche à imposer la conversion de la population locale au christianisme, convaincu que cette approche consolidera l’influence espagnole.

La mort de Magellan

Mais l’intervention militaire de Magellan contre le chef Lapu-Lapu, sur l’île de Mactan, tourne mal pour l’envahisseur. Le 27 avril 1521, Magellan est encerclé lors d’un affrontement sur la plage. Touché par plusieurs lances, il meurt au combat.

Lapu-Lapu le vainqueur de la bataille de Mactan

Sa disparition prive l’expédition de son guide. Pourtant, le voyage n’est pas terminé.

L’achèvement du tour du monde

Juan Sebastián Elcano

Après de nouvelles pertes, deux navires seulement poursuivent la route vers les Moluques. Chargé d’épices précieuses, le Victoria décide de rentrer en Espagne en continuant vers l’ouest, sous le commandement de Juan Sebastián Elcano.

Une réplique du Victoria construite en 1992

Le 6 septembre 1522, soit près de trois ans après le départ, le navire accoste avec seulement 18 survivants. L’expédition a parcouru environ 70 000 kilomètres. Même si Magellan n’a pas complété lui-même la circumnavigation, son projet, sa planification et sa détermination en ont rendu l’issue possible.

C’est sans doute pourquoi l’Histoire lui accorde le crédit d’avoir réalisé le premier tour du monde, alors qu’il n’a pas pu terminer le voyage contrairement à Juan Sebastián Elcano, dont la contribution est de plus en plus reconnue.

Une révolution géographique

Le voyage confirme de manière empirique que la Terre peut être parcourue par la mer en un circuit continu. Les savants savent déjà qu’elle est sphérique, mais cette expédition en apporte une démonstration concrète.

Elle révèle aussi la véritable dimension du Pacifique, corrige les estimations des distances et ouvre la voie aux échanges commerciaux mondiaux. À partir de ce moment, les océans cessent d’être perçus comme des barrières ; ils deviennent des axes de circulation.

Plus de cinq siècles plus tard, le nom de Magellan reste associé à l’un des tournants les plus importants de la connaissance géographique : le moment où l’humanité comprend, par l’expérience directe, l’ampleur réelle de la planète qu’elle habite.



Ce n'est qu'après la grande expédition de Magellan que l'Humanité a pu prendre conscience de l'immensité de notre planète.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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