Oskar Schindler naît le 28 avril 1908 à Zwittau, en Moravie, alors partie de l’Empire austro-hongrois (aujourd’hui Svitavy, en République tchèque). Issu d’une famille germanophone catholique de la classe moyenne, il grandit dans un environnement marqué par le nationalisme allemand et les tensions identitaires de l’Europe centrale de l’entre-deux-guerres. Son père est propriétaire d’une entreprise de machines agricoles, ce qui initie très tôt Schindler au monde des affaires. Élève moyen, attiré davantage par la vie sociale que par les études, il tente plusieurs carrières commerciales sans succès notable avant la Seconde Guerre mondiale. Il aime boire, s’amuser et compétitionner dans des courses de moto.



Opportuniste, charmeur et ambitieux, il cherche avant tout à s’enrichir sans se faire mourir et à mener une vie confortable.
Lorsque l’Allemagne nazie annexe les Sudètes en 1938, Schindler s’adapte rapidement au nouveau régime. Il adhère au Parti national-socialiste allemand (Parti nazi), un choix motivé moins par idéologie que par pragmatisme. Cette adhésion lui ouvre des portes dans l’économie du Reich et lui permet d’établir des contacts avec l’armée et l’administration nazie. Il travaille également comme informateur pour l’Abwehr, le service de renseignement militaire allemand, ce qui renforce encore sa position. Dans l’Allemagne dominée par Hitler, Schindler comprend que la loyauté affichée au régime est une condition essentielle pour atteindre son but : la richesse.

Après l’invasion de la Pologne en 1939, Schindler s’installe à Cracovie, dans le Gouvernement général occupé. Il y reprend une usine d’articles en émail confisquée à des propriétaires juifs, la Deutsche Emailwarenfabrik (DEF). Comme de nombreux industriels allemands, il profite pleinement de l’économie de guerre et de l’exploitation de la main-d’œuvre juive, moins coûteuse et fournie par les camps et ghettos. Grâce à des contrats militaires et à ses relations avec la Wehrmacht, Schindler fait rapidement fortune. À ce stade, rien ne distingue encore son comportement de celui d’autres entrepreneurs opportunistes du Reich.


Cependant, au fil du temps, Schindler développe une relation particulière avec ses ouvriers juifs. S’il participe objectivement à un système fondé sur la persécution, il traite les travailleurs de son usine avec une humanité rare dans le contexte nazi. Les conditions de travail y sont nettement meilleures que dans d’autres industries : nourriture supplémentaire, protection contre les violences arbitraires, interventions directes auprès des autorités pour éviter les déportations. Cette attitude tranche radicalement avec la brutalité générale imposée aux Juifs dans les camps de travail et les ghettos.



Pour parvenir à protéger ses ouvriers, Schindler recourt systématiquement à la corruption et à la manipulation. Il soudoye des officiers SS, organise des dîners fastueux, distribue alcool et cadeaux afin de détourner l’attention des inspecteurs. Lors des contrôles, il présente son usine comme indispensable à l’effort de guerre, exagérant sa productivité et son importance stratégique. Il ment, falsifie des documents et utilise son statut de membre du parti nazi pour masquer ses véritables intentions. Cette duplicité permanente lui permet de maintenir ses ouvriers à l’abri des pires exactions.


En 1944, alors que l’Armée rouge progresse et que les camps de concentration sont évacués vers l’ouest, Schindler prend une décision cruciale. Il transfère son usine en Bohême, à Brünnlitz, et dresse la célèbre « liste de Schindler », qui regroupe environ 1 200 Juifs considérés comme travailleurs essentiels. Officiellement, l’usine doit produire des munitions pour l’armée allemande. En réalité, les obus fabriqués sont volontairement défectueux et inutilisables. Schindler tolère, et même encourage, la pratique religieuse juive, le respect des coutumes et une vie aussi paisible que possible dans un contexte de guerre totale. Aucun de ses ouvriers n’est livré aux camps d’extermination.

Pour maintenir cette protection, Schindler dépense presque l’intégralité de sa fortune. Il achète de la nourriture au marché noir, paie des pots-de-vin toujours plus coûteux et sacrifie tout espoir de profit. À la fin de la guerre, il est ruiné. Lorsque l’Allemagne capitule en mai 1945 et que les forces soviétiques libèrent la région, Schindler se retrouve dans une situation périlleuse. Malgré ses actions, il demeure officiellement membre du parti nazi et craint, non sans raison, d’être arrêté par les Alliés. Il fuit alors à bord de la voiture familliale avec l’aide des Juifs qu’il a sauvés, qui lui fournissent une lettre attestant de son rôle protecteur.


Après la guerre, Schindler mène une existence difficile. Il émigre en Argentine, où il échoue dans plusieurs projets agricoles, puis revient en Allemagne de l’Ouest. Il vit modestement, dépendant souvent du soutien financier des survivants, désormais appelés les « Schindlerjuden », et de leurs descendants. Il ne connaît jamais une véritable réussite économique. En 1963, il est reconnu Juste parmi les nations par Yad Vashem, une distinction rare pour un ancien membre du parti nazi. Oskar Schindler meurt le 9 octobre 1974 à Hildesheim, en Allemagne, et est enterré à Jérusalem, selon son souhait.


La reconnaissance de son action est immense. Les Juifs qu’il a sauvés, leurs enfants et petits-enfants, ainsi qu’une large part de la communauté internationale, voient en lui un symbole de courage moral. Son histoire acquiert une portée mondiale grâce au film La liste de Schindler de Steven Spielberg, sorti en 1993, qui contribue à faire connaître son parcours au grand public et à inscrire son nom dans la mémoire collective de la Shoah.

Membre du parti nazi, profiteur de l’économie de guerre et opportuniste notoire, il choisit néanmoins, au cœur du système le plus criminel du XXe siècle, de risquer sa vie et de sacrifier sa fortune pour sauver des innocents. Son héroïsme ne réside pas dans une pureté morale absolue, mais dans sa capacité à faire le bien là où tout pousse à faire le mal.
À la fin du chef-d’oeuvre de Spielberg on voit les « Schindlerjuden » survivants, leurs descendants et même l’épouse d’Oskar Schindler décorer sa tombe de pierres pour lui rendre hommage et témoigner, une ultime fois, de leur reconnaissance :
La Seconde Guerre mondiale a produit beaucoups de héros... même chez les nazis !Partager cette trouvaille!Partager!Envoyer par courrielEnvoyer!






