Comme des milliers de Québécois, vous irez peut-être passer vos vacances près du Saint-Laurent cet été à espérer apercevoir une baleine. Vos jumelles à la main, vous guetterez la surface de l’estuaire ou du golfe, attendant patiemment un jet d’eau, une queue ou un dos luisant. Probablement verrez-vous aussi un fou de basant, un phoque ou un crabe, si vous êtes chanceux. Ce que vous ne risquez pas de voir, et qui se cache pourtant bien dans ces eaux, c’est… un requin!
Ben voyons! Il n’y a pas de requin dans le St-Lau, c’est juste dans l’eau chaude que ça vit, à Hawaï pi toute…
Surprise! Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas qu’ils ne sont pas là. Il y a bel et bien 7 espèces de requins qui vivent dans le St-Laurent. Avant de vous les présenter, laissez-moi vous jaser un peu de cet animal tant aimé par les scénaristes de Hollywood…
Les dents de la mer et autres niaiseries
Si on se fie aux films, les requins mangent 50 humains par jour et se déplacent dans des tornades… Dis comme ça, c’est un peu ridicule, hein? Parce que ça l’est!
Les requins sont des poissons carnivores, oui. Mais l’humain n’est pas du tout au menu. On est hypocalorique pour eux: digérer un humain demande plus d’énergie au requin que ce que ça lui en donne. On est des céleris pour les requins, un régime minceur! Et comme leur poids n’est pas un sujet qui les titille, ils n’ont aucun intérêt à nous prendre en chasse.
Oui, mais ça arrive quand même!!
Oui. Un requin qui se sent menacé, ou qui voit une planche de surf peut s’attaquer à un humain. Pourquoi le surf? Parce que du point de vue du requin (par en dessous), ça ressemble à une belle grosse bedaine de phoque bien gras. C’est comme un steak vegan: ça ressemble à un bon lunch de viande, mais un coup dans la bouche, c’est loin d’être la même chose!

En 2023, il y a eu 10 décès à cause d’attaques de requin. En 2022, c’était 5 décès. Pour ce qui est des attaques non mortelles, il y en a une soixantaine par année.
… Mais saviez-vous que le requin, ça se mange? L’humain en tue environ 80 millions par année, le quart des victimes étant des espèces menacées. Ça remet les choses en perspective, non?
Le requin
- Sens sensationnels
Maintenant qu’on a mis Hollywood en échec, parlons un peu de ce qui est absolument incroyable chez cet animal. Il a deux sens de plus que nous. L’un de ces sens lui permet de sentir les courants de l’eau grâce à une ligne sensible de chaque côté de son corps. Ces lignes latérales peuvent analyser les mouvements de l’eau avec une très grande précision: le requin peut savoir si l’animal qui est passé près de lui est gros ou non, la direction dans laquelle il va, ainsi que sa vitesse, le tout, seulement avec le mouvement de l’eau!
L’autre sens lui permet de sentir les courants électriques grâce à un organe s’appelant les ampoules de Lorenzini. Électricité, ampoules… Je ne vous parle pas de Hydro Québec! Il est plutôt question des infimes courants électriques qui circulent dans le corps des animaux. On les appelle des influx nerveux. Ce sont les messages envoyés par le cerveau vers les muscles pour les faire bouger.
Ben si je bouge pas, je suis invisible!
Eh bien non, car un muscle, au moins, ne cesse jamais de se contracter. Même si vous essayez très fort, impossible d’arrêter votre cœur! Et le requin peut percevoir ces battements. Incroyable, non?
Outre ces deux sens, le requin a généralement une bonne vue, particulièrement dans le noir, et a un odorat très efficace. C’est un prédateur: c’est normal qu’il ait une très bonne conscience de son environnement, non?

- Physique fantastique
Parlons maintenant de son corps. Le requin est un poisson cartilagineux. Ça signifie qu’il est globalement très souple car son squelette est, en quelque sorte, mou. Le cartilage, c’est ce qu’on a dans les oreilles et le bout du nez; Il n’y a pas d’articulation dans notre oreille, pourtant, on peut la plier sans la casser.
La peau du requin est spéciale aussi: elle est couverte de petites dents microscopiques qui facilitent l’hydrodynamisme. Autrement dit, il glisse dans l’eau. Avec un petit mouvement de queue, il ira plus loin qu’un autre poisson parce qu’il n’y a pas de friction sur son corps. Quand on y touche, c’est très doux dans un sens, mais si on essaie d’y aller «à rebrousse dents», c’est comme du papier sablé!
C’est une chance d’ailleurs qu’il ait cette peau à «faible effort» puisque le requin doit être continuellement en mouvement pour respirer. S’il n’y a pas d’eau qui entre dans sa bouche et ressort par ses branchies, il ne respire pas. La plupart des poissons ont un opercule sur leurs branchies. Vous savez, les petites portes qui s’ouvrent de chaque côté de la tête? Eh bien, le requin n’en a pas, ce qui le condamne à devoir créer ce mouvement d’eau en se déplaçant continuellement. Et comme c’est un poisson, pas question de respirer de l’air à la surface comme les baleines! Vous vous demandiez pourquoi le requin a toujours la bouche ouverte? Mystère résolu!

Maintenant qu’on est plus au fait de ce qu’est un requin, de comment ça fonctionne, et de pourquoi ils ne sortiront pas de l’eau pour vous manger les orteils pendant que vous attendez les baleines, découvrons les 7 espèces de requins du Saint-Laurent.
**À noter qu’il s’agit des espèces principales et reconnues. Il y a parfois des visiteurs occasionnels d’autres espèces dans le golfe. Par ailleurs, dû à la difficulté de trouver des images libres de droit, les images de requins suivantes sont de la bonne espèce, mais peuvent être de populations ne fréquentant pas le St-Laurent. Ne me lancez pas des tomates si le spécimen n’a pas EXACTEMENT la bonne couleur: envoyez plutôt vos photos si vous en avez de meilleures!**
Aiguillat commun
D’environ un mètre de long, l’aiguillat commun est sans doute le requin le plus commun au monde. Il est beaucoup pêché pour sa viande et même ici, au Québec, on en mange… parfois sans le savoir! Quoi? Vous n’avez jamais mangé de requin, vous? Êtes-vous amateur de fish and chips? Si le menu du restaurant affiche «fish and chips de morue», c’est probablement de la morue. Mais si le menu n’affiche que «fish and chips» sans spécifier de poisson… c’est bien souvent de l’aiguillat qui vous sera servi.
Alors, avez-vous peut-être déjà mangé du requin ? Je parie que oui!
Pas de panique, même si c’est une espèce qui est considérée comme préoccupante au Canada, les populations qui visitent l’estuaire du Saint-Laurent et le fjord du Saguenay vont très bien. Elles seraient même en croissance! Étant un des rares requins à se déplacer en bancs, il est malheureusement surpêché à plusieurs endroits dans le monde.

Aiguillat noir
Avec moins d’un mètre de long, c’est le plus petit requin de cette liste. L’aiguillat noir réside à l’année dans l’estuaire et le golf et ressemble à l’aiguillat commun, si ce n’est de sa couleur plus foncée. Il vit en profondeur, n’est pratiquement pas pêché et est en fait assez peu souvent observé.

Requin bleu
Dans l’eau, il a une magnifique teinte bleue, d’où son nom, mais dès que le requin bleu est sorti de son milieu aquatique, il passe au gris. Ce n’est pas lui qui change de couleur, mais bien un effet d’optique remarquable.
Il s’agit du requin ayant la plus grande aire de répartition au monde: on le trouve dans tous les océans tropicaux et tempérés du globe, ce qui inclut le golf en été. Il a une taille appréciable de 2.5 mètres.

Requin pèlerin
Le requin pèlerin mesure jusqu’à 12 mètres. C’est le deuxième plus grand poisson au monde — après le requin baleine. C’est un requin qui se nourrit en filtrant l’eau: elle entre par sa bouche et ressort par ses fentes branchiales (les branchies), mais le plancton reste dans sa bouche. Il dévore ainsi des milliers de petits organismes tels que du krill et des larves d’invertébrés aquatiques (comme des larves des oursins ou d’étoiles de mer, très présents dans le Saint-Laurent). C’est une méthode de nutrition assez tranquille: il se promène près de la surface, la bouche grande ouverte, à une vitesse ne dépassant pas celle d’un piéton! Il peut aussi se nourrir à des profondeurs de près de 1000 mètres: c’est un poisson après tout!
C’est un des requins que vous pourriez apercevoir (si vous êtes très chanceux!) puisqu’il mange surtout près de la surface chez nous. Sa nageoire dorsale, ainsi que sa queue fendent alors les flots lentement. Il arrive aussi qu’il saute à la surface, probablement pour manifester sa présence à ses congénères. Quelle chance vous aurez si vous en voyez un lors de vos vacances!

Requin maraîche
Moins de 3 mètres de long, le requin maraîche, aussi appelé requin-taupe, est fréquemment confondu avec son cousin: le grand requin blanc. En voie de disparition au Canada et interdit de pêcher depuis 2013, il s’agit tout de même d’un visiteur régulier du Saint-Laurent qu’on retrouve dans le golf et l’estuaire jusqu’à la Malbaie.
Il a de particulier que c’est un requin à sang chaud, tout comme son cousin susnommé. Sa capacité à produire sa propre chaleur lui permet de maintenir un niveau d’activité élevé, et ce, même dans les eaux froides. Tous les membres de cette famille sont des nageurs très rapides capables de s’élancer soudainement tels des ressorts.

Requin blanc
Le voici, le requin par excellence qui a si mauvaise presse. Eh oui, il fréquente notre belle province! Plus grand requin carnivore avec ses 7 mètres de long, ce n’est pas un mystère si le film Jaws (1975) l’a choisi comme vedette. Mais au même titre que n’importe quel acteur de cinéma, c’était bel et bien un rôle qu’il jouait: même s’il s’agit d’un animal dangereux et rapide, sa réputation a été largement exagérée.
En 2024, le gouvernement canadien a décidé d’aller de l’avant avec la protection de cette espèce en voie de disparition au Canada. Il est à noter que le golf et l’estuaire ont toujours été une destination estivale de choix pour le requin blanc (le mot «grand» n’est plus d’actualité dans son nom), particulièrement pour les mâles, où ils peuvent venir chasser l’une de leurs proies favorites: le phoque. L’augmentation des signalements dans les dernières années serait en fait due au tourisme qui s’accroît également. Plus d’yeux = plus de signalements!
Une légende urbaine circule sur la Côte Nord à propos de ce prédateur. Il y a une centaine d’années, un pêcheur a vu son bateau attaqué par un requin blanc alors qu’il tentait de traverser l’estuaire. Réussissant à rejoindre la côte, il a réparé son petit bateau et a repris les flots. Comble de malheur, il fut encore une fois attaqué! En réparant son bateau à nouveau, le pêcheur aurait choisi de repeindre la coque, car, voyez-vous, celle-ci était blanche. À en croire la légende, une fois le dessous du bateau d’une couleur moins appétissante, le requin ne serait pas revenu à l’attaque.
Morale de l’histoire: si vous partez en excursion voir les baleines, assurez-vous d’avoir un bateau qui ne ressemble pas à un phoque vu du dessous!

Requin du Groenland
Il mesure aussi environ 7 mètres, mais a une circonférence bien plus petite que le requin blanc, ce qui lui donne quand même le titre de deuxième plus gros requin carnivore. Dû à son mode de vie dans les profondeurs, le requin du Groenland est très peu connu, mais nous savons que c’est le seul requin tolérant les eaux arctiques à l’année. De ce fait, il est présent dans l’estuaire et le fjord du Saguenay à toutes les saisons.
C’est un requin qui se plait en eaux froides; l’été, il restera au fond des cours d’eau, alors que l’hiver, il migre vers les couches d’eau près de la surface qui deviennent plus froides. Ce requin pourrait vivre 400 ans, ce qui en ferait le doyen du fleuve. Imaginez: peut-être que certains spécimens vivants aujourd’hui étaient là à l’arrivée de monsieur Cartier! Selon certains chercheurs, ce serait l’animal vertébré ayant la plus longue espérance de vie. Il faut dire qu’ils ne sont pas matures pour se reproduire avant l’âge de… 150 ans! Si vieux, et pourtant encore jeune!
C’est sur son régime digne de mention que je terminerai ce palmarès. Car, voyez-vous, le requin du Groenland se nourrit d’assez grosses proies: des phoques, et même parfois des bélugas. Toutefois, c’est un prédateur redoutable qui ne recule devant RIEN. Un orignal qui plonge se nourrir sous l’eau, un caribou coincé dans la glace, un ours polaire: ces «proies» ont toutes déjà été victimes, au moins de manière anecdotique, du requin du Groenland. Cher Hollywood, il a beau être plus lent que le grand blanc et pratiquement aveugle, je vote pour lui donner le prochain rôle de «méchant requin qui fait peur»!

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Je trouve votre article intéressant mais vous utiliser un ton condescendant et infantilisant. Ce que je veux dire c’est c’est que tous ces « Non! » et « oui, oui » sont inutiles ennuyeux et rend votre article, qui se veut informatif, avec un goût de bonbon et pas sérieux du tout…
Audrey est une biologiste qui fait de la vulgarisation. Moi, je trouve ça très bon et elle est surtout très crédible.
Désolé que ça ne te plaise pas.
Merci quand même de nous suivre Jean-Pierre 🙂
Oui je comprends sauf qu’Audrey a bien beau vouloir vulgariser il n’est tout de même pas nécessaire d’utiliser un ton infantilisant: vulgariser c’est rendre la science accessible et non pas faire comme si on parlais à quelqu’un moins instruit que soi. Comme lorsque certains adultes parlent aux enfants en croyant se mettre à leurs niveaux. C’est déplorable et non nécessaire.
Ceci dit je vais revisiter votre site mais j’espère seulement ne pas retrouver ce genre de prose pour enfant.
Merci.
Merci pour tous ces renseignements sur les requins du St-Laurent. Pour moi qui adore nager, je continuerai à favoriser les lacs ou les bords du St-Laurent sans m’y aventurer plus loin et je m’assurerai que mon maillot de bain ne ressemble pas à un ventre de phoque 😉
Sage décision 😉
Merci Jacqueline et bon dimanche 🙂