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La faim : une arme cruelle et injuste

Famines organisées : un crime contre l'Humanité

La famine est souvent perçue comme un phénomène naturel : une sécheresse trop longue, une récolte qui flanche, une catastrophe climatique. Pourtant, l’histoire moderne offre de nombreux exemples de famines qui ne se sont pas contentées d’« arriver ». Elles ont été infligées par des décisions politiques explicites ou des comportements étatiques qui ont utilisé la privation alimentaire comme un levier de domination, de punition ou de stratégie militaire. La violence de ces famines organisées ou tolérées par des autorités a coûté la vie à des millions de civils et soulève des questions morales profondes sur le rôle des gouvernements dans la protection ou la destruction des populations qu’ils gouvernent.

Holodomor en Ukraine (1932–1933)

L’Holodomor reste l’un des exemples historiques les plus tragiques de famine volontairement infligée. Entre 1932 et 1933, sous la direction de Joseph Staline, l’Union soviétique imposa une série de politiques agricoles et répressives en Ukraine, alors république soviétique, qui conduisirent à une famine cataclysmique. La collectivisation forcée des terres agricoles fut au centre de cette politique. Les paysans ukrainiens furent sommés d’abandonner leurs terres et leurs biens pour intégrer de grandes fermes collectives, tandis que les excédents de céréales étaient confisqués par l’État et exportés à l’étranger.

Mais ce qui distingue l’Holodomor d’une simple calamité alimentaire fut la politique délibérée de réquisition de nourriture sans relâche, l’interdiction faite aux paysans de quitter les zones touchées pour chercher de la nourriture et les sanctions sévères appliquées en cas de non-respect des quotas. Des villages entiers furent placés sur des « listes noires » : ils étaient privés de toute distribution de nourriture, isolés, et leurs habitants laissés à une mort certaine.

Un monument à la mémoire des victimes de la famine d’Holodomor à Kyiv en Ukraine

Les archives soviétiques ouvertes après la guerre froide montrent que l’État disposait de réserves suffisantes pour nourrir des millions de personnes mais refusa l’aide étrangère et augmenta les réquisitions nationales même lorsque la famine sévissait. L’Holodomor causa la mort de plusieurs millions d’Ukrainiens (certaines estimations parlent jusqu’à 7 à 10 millions de victimes) et est reconnu par de nombreux pays comme un acte de génocide, tant il visait à briser l’identité et la résistance du peuple ukrainien.

Pour en savoir plus sur la dictature de Staline :

La famine de 1943 en Inde

La famine de 1943 au Bengal (Inde britannique) fut l’une des plus sévères du XXᵉ siècle, causant la mort d’environ 2 à 3 millions de personnes. Alors que cette famine survint en pleine Seconde Guerre mondiale, elle fut profondément marquée par des politiques impériales et des choix gouvernementaux qui aggravèrent ou rendirent inévitable le désastre humain.

Contrairement aux famines purement naturelles, la crise de 1943 ne coïncida pas avec un effondrement majeur de la production alimentaire. Des études historiques montrent que si certains facteurs naturels ou une perturbation des importations de riz de la Birmanie ont contribué à créer cette famine, ils n’en sont pas l’unique cause. Les politiques du gouvernement colonial britannique, dirigé par Winston Churchill, ont joué un rôle significatif dans l’aggravation de la catastrophe.

La Grande-Bretagne, engagée dans la guerre, priorisa l’alimentation de ses forces militaires et de ses alliés au détriment des civils bengalis, tout en exportant des céréales de la région pour soutenir l’effort de guerre ailleurs. Les stocks alimentaires ne furent pas dirigés vers les zones les plus touchées, et les autorités britanniques tardèrent à autoriser des importations d’aide ou à instaurer des mécanismes de contrôle des prix.

Des économistes comme Amartya Sen (aussi lauréat du prix Nobel d’économie) ont analysé cette famine comme une catastrophe d’« entitlement failure », c’est-à-dire un effondrement des possibilités pour les gens d’accéder à la nourriture même lorsque des ressources existaient parce que ces ressources étaient détournées pour des raisons politiques. Le tout aggravé par l’inflation, la spéculation et les hausses de prix alimentaires. Les déclarations et comportements de Churchill lui-même, parfois empreints de préjugés raciaux envers les Indiens, ont été cités par certains historiens comme un facteur aggravant dans la lenteur et l’insuffisance des réponses gouvernementales.

Ce cas illustre comment l’action ou l’inaction gouvernementale en période de crise alimentaire peut se transformer en une arme d’oppression et ce, même si les motivations exactes (impérialisme, priorités militaires haine raciale), restent historiquement débattues.

Pour connaître le côté sombre de Winston Churchill :

Bande de Gaza 2025

Plus récemment en 2025, la bande de Gaza a été frappée par une famine que des organisations internationales qualifient de « man-made » (entièrement provoquée par l’homme). En août, le système intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un groupe d’experts soutenu par l’ONU, a déclaré que la famine était en cours autour de Gaza City et dans d’autres zones de l’enclave palestinienne, répondant à des critères stricts tels que des taux élevés de malnutrition infantile, une mortalité quotidienne excessive et une pénurie alimentaire généralisée.

Cette catastrophe a émergé dans un contexte de conflit prolongé entre Israël et les autorités de Gaza, avec des restrictions sévères sur les entrées de nourriture, d’eau et de carburant, des infrastructures civiles détruites et une distribution de l’aide humanitaire entravée. Des responsables des Nations unies et des ONG ont décrit la situation comme entièrement causée par des décisions politiques et militaires qui ont limité l’accès à la nourriture pour des centaines de milliers de civils, privant des populations entières d’une subsistance minimale indispensable.

Le secrétaire général de l’ONU a qualifié la famine de Gaza de « désastre fait par l’homme » et de « faillite de l’humanité », soulignant l’urgence d’un cessez-le-feu et de l’ouverture des passages humanitaires. Certaines autorités onusiennes ont même évoqué que les décès liés à la famine pourraient constituer des crimes de guerre en droit international. Selon Amnistie internationale, Israël mène « une campagne de famine délibérée » à Gaza et l’organisme ne se gêne pas pour évoquer le génocide.

Ce cas contemporain montre comment, à l’ère moderne, la privation intentionnelle ou structurelle d’accès à la nourriture peut être utilisée comme tactique de guerre ou d’asphyxie des populations civiles, avec des conséquences catastrophiques en termes de vies perdues et de souffrances humaines.

Une tactique profondément immorale et injuste

Dans chacun de ces contextes, des décisions administratives, des priorités stratégiques ou des comportements délibérés ont transformé la privation alimentaire en une arme de domination et de punition, avec des effets dévastateurs sur des populations civiles innocentes.

Cet enfant n’est pas responsable des conflits et des jeux politiques, mais c’est lui qui en souffre le plus. Les politiciens, mangent toujours à leur faim.

L’usage de la famine comme instrument de pouvoir est un crime moral profond. Il viole le principe fondamental des droits humains le plus élémentaire : le droit à la vie.



La faim, lorsqu'instrumentalisée, est une arme qui vise toujours des innocents.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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