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La troublante dictature du Turkménistan

Ce pays est à la fois une prison et une secte impitoyable

Le Turkménistan, un pays d’Asie centrale, est l’un des États les plus fermés et autoritaires du monde. Dirigé d’une main de fer, il se distingue par une corruption omniprésente, une répression brutale de toute opposition et un culte de la personnalité digne des régimes les plus totalitaires de l’histoire moderne.

Une dictature enracinée

Le régime actuel prend racine après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, lorsque le Turkménistan devient indépendant. Saparmourat Niazov, ancien dirigeant communiste, s’empare du pouvoir et se proclame président à vie. Sous sa gouverne, le pays s’enfonce dans une dictature excentrique et répressive.

Ce livre de Saparmourat Niazov, dont voici une représentation démeusurée, est une lecture obligatoire à l’école turkmène

Il instaure un culte de la personnalité exacerbé, se faisant appeler « Türkmenbaşy » (Père des Turkmènes) et ordonnant l’érection de statues dorées à son effigie, la réécriture de l’histoire nationale et la publication de son propre livre, le Ruhnama, imposé comme lecture obligatoire à l’école et pour obtenir un emploi.

Une statue criarde plaquée or de Saparmourat Niazov

À sa mort en 2006, son successeur, Gurbanguly Berdimuhamedow, poursuit la politique autocratique du pays tout en consolidant son propre culte de la personnalité. En 2022, il cède officiellement la présidence à son fils, Serdar Berdimuhamedow, instaurant une dynastie et confirmant la nature héréditaire du régime.

Une corruption systémique

Le Turkménistan est classé parmi les pays les plus corrompus au monde par Transparency International. La richesse du pays, principalement issue de ses vastes réserves de gaz naturel, est accaparée par l’élite dirigeante tandis que la majorité de la population vit dans la pauvreté. L’économie est entièrement contrôlée par l’État, et tous les contrats lucratifs reviennent aux proches du régime. Les pots-de-vin sont monnaie courante, et toute tentative d’exposer la corruption est sévèrement réprimée.

L’absence totale de droits humains

Élections factices au Turkménistan

Le gouvernement turkmène ne tolère aucune dissidence. Toute forme d’opposition politique est interdite, et les partis politiques autres que celui du pouvoir ne sont que des façades sans influence réelle. Les élections sont une mascarade, les résultats étant déterminés à l’avance par le régime.

Selon Reporters Sans Frontières, le Turkménistan est l’un des pires pays pour la liberté de presse

Les citoyens vivent sous une surveillance constante. Internet est strictement contrôlé, les médias sont entièrement sous le contrôle de l’État, et toute critique du gouvernement entraîne des représailles immédiates. La liberté de presse est inexistante : le pays est régulièrement classé parmi les pires au monde dans les classements de Reporters sans frontières.

Un isolement diplomatique extrême

Une rare interaction publique avec son homologue dictateur russe Vladimir Poutine

Le Turkménistan adopte une politique isolationniste extrême, se déclarant officiellement neutre dans les affaires mondiales. Ce statut, inscrit dans la Constitution, sert avant tout de prétexte pour éviter toute influence extérieure et maintenir le pays fermé à toute réforme démocratique. Les visas pour les étrangers sont difficiles à obtenir, et les Turkmènes qui souhaitent voyager à l’étranger doivent obtenir une autorisation spéciale du gouvernement, souvent refusée.

Une justice barbare et arbitraire

Le système judiciaire turkmène est un simple instrument de répression du régime. Les procès sont expéditifs et souvent secrets. Les accusations sont fabriquées de toutes pièces pour neutraliser toute menace, réelle ou imaginaire, au pouvoir en place.

Les prisons turkmènes sont parmi les plus inhumaines au monde. La torture y est courante, et les détenus politiques disparaissent fréquemment sans laisser de traces. Le tristement célèbre centre de détention d’Ovadan-Depe est un symbole de l’horreur carcérale du régime : isolé dans le désert, il est connu pour ses conditions de détention inhumaines, la torture systématique et l’élimination physique des opposants.

Le travail forcé et l’exploitation des enfants

Le travail forcé est une pratique courante au Turkménistan, notamment dans le secteur du coton. Chaque année, des milliers de fonctionnaires, enseignants et même enfants sont contraints de participer à la récolte sous la menace de sanctions. Le régime tire d’énormes profits de cette exploitation, tandis que les travailleurs endurent des conditions effroyables, sans protection ni rémunération décente.

La répression impitoyable des opposants

Toute critique du régime est synonyme de disparition ou de détention à durée indéterminée. Les journalistes indépendants, militants des droits de l’homme et simples citoyens osant exprimer un désaccord sont emprisonnés ou réduits au silence. Les familles des dissidents sont souvent harcelées ou persécutées en guise de représailles.

La police militarisée du Turkménistan est extrêmement répressive

Beaucoup d’opposants sont contraints à l’exil, mais même à l’étranger, ils ne sont pas à l’abri : le régime utilise ses services de renseignement pour surveiller et menacer les dissidents à l’extérieur du pays.

Un culte de la personnalité délirant

Comme en Corée du Nord, le Turkménistan est marqué par un culte de la personnalité absurde et omniprésent. Les portraits géants des dirigeants ornent chaque ville, les livres scolaires glorifient les Berdymukhamedow comme des figures quasi-divines, et les médias d’État louent chaque fait et geste du président avec une adulation ridicule.

Les excentricités du régime sont nombreuses : en 2015, le président Gurbanguly Berdimuhamedow fait ériger une statue en or massif de lui-même à cheval, une réminiscence de la statue dorée tournante de Niazov.

Voici le président dans une mise en scène grotesque où on le voit chanter devant un micro fermé en faisant semblant de jouer de la guitare (il ne sait pas jouer du tout et ça paraît beaucoup !) :

Si vous n’entendez pas de guitare durant la première minute, c’est normal. Il n’y en a pas ! Mais il fait quand même semblant de jouer !

Il s’affiche régulièrement dans des mises en scène propagandistes absurdes, que ce soit en chantant, en pilotant des avions de chasse ou en gagnant des compétitions sportives truquées.

En comparaison avec la Corée du Nord, le culte turkmène est moins idéologique mais tout aussi absurde et oppressant. Il repose sur l’autoglorification d’individus mégalomanes se présentant comme des génies universels.

Pour en savoir plus sur le culte de la personnalité en Corée du Nord :

Vu de l’extérieur, ce culte absurde de la personnalité est risible, mais cette tendance s’observe dans d’autres sociétés dirigées par des mégalomanes. N’oublions pas les fameuses cartes vendues par l’actuel président des États-Unis, Donald Trump !

Un avenir incertain

Avec l’arrivée au pouvoir de Serdar Berdimuhamedow, la dynastie semble solidement installée, mais l’avenir du Turkménistan reste incertain. L’économie du pays repose presque exclusivement sur le gaz naturel, une dépendance qui pourrait fragiliser le régime en cas de chute des prix ou de tensions avec ses partenaires commerciaux, notamment la Chine et la Russie.

Exploitation de gaz naturel au Turkménistan

Les populations, bien que sous une surveillance draconienne, pourraient finir par se révolter contre des conditions de vie de plus en plus précaires et un isolement international croissant. Mais pour l’instant, la répression et la peur maintiennent un statu quo qui semble impossible à briser.

Le Turkménistan est à ce jour, l’une des dictatures les plus fermées et les plus répressives du monde. Entre corruption généralisée, violations systématiques des droits humains, travail forcé et culte de la personnalité délirant, ce pays est un laboratoire du totalitarisme moderne.

Tant que la dictature persiste, les Turkmènes continueront de vivre sous le joug d’un des régimes les plus absurdes et brutaux de notre époque.



Le Turkménistan est sous le joug d'une dictature méconnue mais qui est l'une des plus tyranniques au monde.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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