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Les exploits oubliés de Montcalm

Réhabilitons la mémoire de Louis-Joseph de Montcalm

Lorsqu’on évoque le nom de Louis-Joseph de Montcalm, dernier grand commandant militaire de la Nouvelle-France, l’imaginaire collectif se fixe presque exclusivement sur sa défaite tragique aux Plaines d’Abraham en 1759. Cet épisode, immortalisé dans la mémoire historique canadienne, tend pourtant à occulter une carrière riche et brillante, faite de victoires retentissantes, de talents stratégiques indéniables et d’un dévouement sans faille à la défense d’un territoire qu’il connaissait depuis peu mais qu’il servit avec une loyauté totale. Redonner à Montcalm sa juste place dans l’histoire suppose de revisiter ses exploits oubliés, tant en Europe qu’en Amérique, avant ce crépuscule fatal devant Québec.

Les guerres européennes

La bataille de Piacenza en 1746
Montcalm, jeune officier

Né en 1712 dans une famille noble du Languedoc, Montcalm s’engagea très jeune dans la carrière militaire. Dès l’âge de 15 ans, il intègre les rangs de l’armée royale et participe à la guerre de Succession de Pologne (1733-1738), où il se distingue rapidement.

Mais c’est surtout lors de la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) qu’il forge sa réputation. Il combat avec bravoure à la bataille de Piacenza en 1746, où il est blessé de cinq coups de sabre, preuve d’un courage presque suicidaire au cœur de l’action. Capturé, il est libéré sur parole et revient en France en héros auréolé d’une solide réputation de chef de guerre.

Ces campagnes en Europe lui permirent de maîtriser les subtilités de la stratégie, de la logistique et de la discipline militaire. Bien avant de poser le pied en Amérique, Montcalm était déjà un officier accompli, respecté pour son ardeur et sa lucidité dans l’art de la guerre.

Arrivée en Amérique

En 1756, au moment où la guerre de Sept Ans s’étend au continent américain, la couronne française cherche un chef énergique pour défendre la fragile colonie du Canada contre les ambitions britanniques. Montcalm est choisi et nommé commandant des troupes régulières de la Nouvelle-France, sous l’autorité civile du gouverneur Vaudreuil. Dès son arrivée, il se montre critique envers les ressources limitées et les divisions administratives de la colonie, mais il ne tarde pas à s’illustrer par une série d’opérations audacieuses.

Pour bien comprendre la guerre de Sept Ans :

Oswego : un triomphe décisif

Le siège de Fort Oswego

La première grande victoire de Montcalm survient à l’été 1756. Avec une armée mêlant troupes régulières, milices canadiennes et alliés autochtones, il attaque le fort Oswego, situé sur la rive sud du lac Ontario. L’opération est exécutée avec une précision remarquable : après un siège court et bien planifié, les Britanniques capitulent. Plus de 1 700 prisonniers sont capturés, un butin considérable est saisi, et la France assure sa suprématie sur le lac Ontario. Cet exploit provoque un choc en Angleterre et rehausse considérablement le prestige français en Amérique du Nord.

Fort William Henry : une victoire assombrie

Fort William Henry

En 1757, Montcalm mène une nouvelle offensive spectaculaire contre le fort William Henry, au sud du lac George. Après un siège méthodique de six jours, les défenseurs britanniques capitulent. Montcalm, fidèle à son sens de l’honneur, accorde des conditions généreuses aux vaincus, leur permettant de se retirer avec armes et bagages. Malheureusement, les alliés autochtones, frustrés par l’accord, attaquent les prisonniers lors de leur retraite, provoquant un massacre.

Bien que Montcalm ait tenté de s’interposer, cet épisode ternit son image et alimente une propagande anglaise qui le présente comme complice des violences, ce qu’il n’était absolument pas.

La plus éclatante victoire : Carillon

La victoire de Montcalm à Fort Carillon

L’apogée de Montcalm en Amérique survient à l’été 1758, lors de la bataille de Carillon (aujourd’hui Ticonderoga). À la tête d’à peine 3 600 hommes, il fait face à une armée britannique de plus de 15 000 soldats dirigée par le général Abercromby. Retranché derrière des abatis ingénieusement disposés, Montcalm galvanise ses troupes et repousse vague après vague les assauts britanniques. Le carnage est immense du côté ennemi : près de 2 000 morts et blessés, contre moins de 400 pour les Français. Ce triomphe, salué même par ses adversaires, représente l’une des plus brillantes victoires françaises en Amérique. Elle témoigne de l’habileté de Montcalm à exploiter le terrain, à inspirer ses hommes et à compenser l’infériorité numérique par l’intelligence tactique.

La bannière de Carillon

C’est lors de cette bataille que flotte pour la première fois la bannière de Carillon qui inspirera plus tard le drapeau du Québec le Fleurdelisé

La défaite fatidique

La bataille des Plaines d’Abraham

Malgré ces succès, Montcalm devait affronter des obstacles insurmontables : le manque chronique de renforts venus de France, la rivalité constante avec le gouverneur Vaudreuil, et la puissance croissante de la machine de guerre britannique, appuyée par une flotte dominante. Lorsque les forces anglaises lancèrent l’assaut décisif contre Québec en 1759, Montcalm savait que ses chances étaient minces.

La mort de Montcalm

L’issue tragique des Plaines d’Abraham ne doit pas masquer la lucidité de son jugement : il tenta une sortie rapide sans attendre les renforts pour briser l’ennemi avant qu’il ne s’installe, mais la détermination supérieure des troupes de Wolfe eut raison des siens. Mortellement blessé, Montcalm refusa toute évacuation et déclara qu’il mourait heureux puisqu’il ne verrait pas la chute de Québec.

Réhabiliter la mémoire de Montcalm

L’histoire a retenu Montcalm avant tout comme le perdant de Québec. Pourtant, ses victoires d’Oswego, de William Henry et surtout de Carillon démontrent qu’il fut l’un des plus brillants généraux de son époque. Sa carrière européenne, son courage au combat et sa loyauté envers la colonie méritent d’être réhabilités.

Portraits de Montcalm à différents moments de sa vie et la maison qu’il occupait sur la rue des remparts à Québec

Montcalm fut un défenseur héroïque, confronté à des forces écrasantes, mais capable de repousser l’ennemi par l’audace, l’organisation et la bravoure. Son nom devrait résonner non pas seulement comme celui d’un vaincu, mais comme celui d’un chef militaire accompli, tombé au champ d’honneur en servant la Nouvelle-France.



Montcalm était bien plus que le perdant de la bataille des Plaines d'Abraham.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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