Le tabac, Nicotiana tabacum ou d’autres espèces voisines, est originaire des Amériques. Bien avant l’arrivée des Européens, les peuples autochtones utilisaient le tabac pour des usages rituels, spirituels, médicinaux ou sociaux. On le fumait en pipe, l’offrait comme offrande, ou l’utilisait dans des cérémonies de guérison.


Après les voyages de Christophe Colomb, le tabac est introduit en Europe au début du XVIᵉ siècle. Jean Nicot, ambassadeur de France, fait connaître la plante en 1560 en l’envoyant à la cour de France, où elle est initialement considérée comme plante médicinale. Le terme « nicotine » vient de son nom.
Pour en savoir plus sur Christophe Colomb :
Le tabac se diffuse rapidement dans le monde entier : à la fois sous forme de feuilles à mâcher, à priser*, fumées ou comme tabac à pipe. Il devient culture marchande dans les colonies, source de profits, et objet de mode.

* « Priser » du tabac veut dire « sniffer » ou aspirer le tabac en poudre par les narines et oui, c’est dégueulasse !
Propagation et montée en puissance du tabagisme


Avec le XIXᵉ puis le XXᵉ siècle, la consommation de tabac sous forme de cigarettes manufacturées explose. L’industrialisation permet la production de masse, la réduction des coûts, et l’essor du marketing. Fumer devient non seulement admis mais valorisé : fumer dans les films, dans les publicités, fumer au foyer, etc. Le tabac est associé à la virilité, au glamour, à l’élégance, à la mystique de l’aventure.



Dans les années 1930 à 1950, aux États-Unis surtout, de nombreuses publicités font appel à la figure du médecin pour rassurer le public : « Doctor’s choice », « More doctors smoke Brand X than any other cigarette ». Les images de médecins fumant, ou de recommandations supposées, foisonnent.

Des vedettes de cinéma, des artistes, des personnalités publiques fument publiquement, ce qui renforce l’idée que c’est normal, voire désirable. On voit des acteurs fumant dans les films, des mannequins, des chanteurs, etc. Parfois les médecins eux-mêmes fumaient, ce qui rendait la consommation davantage acceptable aux yeux du public. Les pub de cigarettes étaient partout… vraiment partout !
La découverte du caractère cancérigène et les preuves scientifiques

À mesure que le tabagisme se répand, on commence à observer une forte augmentation des cas de cancer du poumon, de maladies respiratoires et de mortalité liée au tabac. Des études épidémiologiques majeures apparaissent :

Wynder & Graham aux États-Unis, vers 1950, publient des études cas-témoins montrant un lien significatif entre tabagisme et cancer du poumon.

Richard Doll et Austin Bradford Hill publient en 1950 le « preliminary report » britannique, puis en 1954 un suivi de cohorte (British Doctors Study) auprès de médecins pour confirmer statistiquement les risques : mortalité plus élevée, cancer du poumon, etc.
Ces études jettent les bases de ce que l’on sait maintenant : fumer augmente fortement le risque de cancer du poumon, de maladies cardiovasculaires, d’emphysème, de bronchite chronique et d’autres pathologies. Elles révèlent aussi que le tabagisme passif est dangereux.
Les stratégies de l’industrie : désinformation, études biaisées et lobbying
Face à ces découvertes, les manufacturiers de cigarettes ne se contentent pas de contester la science. Ils engagent plusieurs stratégies comme le financement d’études « contraires », souvent biaisées, ou de « doute raisonnable », pour semer le doute public sur la dangerosité du tabac.

Les cigarettiers mettent sur pied un puissant lobby auprès des gouvernements, des institutions, des revues médicales, pour diffuser leur désinformation dans le but de retarder ou affaiblir les régulations. Ces tactiques retardent la prise de conscience du public, et rendent difficile la promulgation de lois fortes sur l’étiquetage, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, les taxes, etc.
Les procès contre les grandes compagnies de cigarettes



Au fil du temps, des actions judiciaires ont été intentées pour obliger les compagnies à rendre des comptes.
Un procès essentiel au Québec : le recours collectif de 1998, appelée procès Blais et Létourneau, contre les trois grands cigarettiers canadiens (Imperial Tobacco, JTI-Macdonald, Rothmans Benson & Hedges). En 2015, la Cour supérieure du Québec ordonne que ces compagnies paient plus de 18 milliards de dollars à des fumeurs ou anciens fumeurs, affirmant qu’elles avaient connu les risques, dissimulé l’information, trompé les consommateurs.

Aussi, le gouvernement de la Colombie-Britannique adopte une loi (Tobacco Damages and Health Care Costs Recovery Act) permettant de poursuivre les fabricants pour les coûts de santé. L’affaire British Columbia contre Imperial Tobacco Canada Ltd est portée devant la Cour suprême, qui en 2005 confirme la validité constitutionnelle de cette loi.
Plus récemment, un règlement national (2024-2025) approuvé par la cour ontarienne prévoit un entente de 32,5 milliards de dollars canadiens pour régler des poursuites contre les manufacturiers de tabac au Canada, y compris les dépenses de santé, les dommages aux fumeurs — un règlement historique.

Ces jugements confirment légalement que les entreprises avaient connaissance du danger et qu’elles avaient une responsabilité morale, légale, mais aussi financière.
Une baisse marquée du tabagisme, surtout au Canada

Au Canada, les statistiques récentes attestent que le tabac recule sensiblement. Moins de 11 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus fument régulièrement — un chiffre bien plus bas que dans le passé, notamment par rapport aux décennies 1950-80, où les taux se situaient souvent près de 30-40 % selon les groupes d’âge. Le chemin reste long, car les dépendances persistent, mais le recul du tabagisme est réel, soutenu par la loi, la science et, progressivement, par la culture.


Toutefois, un autre ennemi est apparu. La mode du vapotage, particulièrement populaire chez les jeunes, créé de nouvelles dépendances. Quand un combat s’achève, un autre commence…
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