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Roald Amundsen : d’un pôle à l’autre

Roald Amundsen : explorateur de l'extrême

Au tournant du XXe siècle, alors que les cartes du monde comportent encore de vastes zones blanches, Roald Amundsen s’impose comme l’un des plus grands explorateurs de tous les temps. Navigateur norvégien rigoureux, stratège discret et observateur attentif des peuples du Nord, il traverse l’Arctique, relie l’Atlantique au Pacifique par le passage du Nord-Ouest, puis devance tous ses rivaux jusqu’au pôle Sud.

Son parcours s’inscrit pleinement dans ce que l’on appelle l’âge héroïque de l’exploration antarctique, entre 1900 et 1912, une période où l’audace humaine se heurte aux environnements les plus hostiles de la planète.

Les origines d’un explorateur méthodique

Fridtjof Nansen

Né en 1872 en Norvège, Amundsen grandit dans une culture maritime profondément ancrée. Très tôt, il se prépare physiquement et mentalement à l’exploration polaire, admirant les récits de Fridtjof Nansen. Contrairement à plusieurs de ses contemporains, il ne recherche pas la gloire tapageuse, mais l’efficacité. Il étudie la navigation, la météorologie, le magnétisme terrestre et surtout les techniques de survie en milieu arctique. Cette approche scientifique et pragmatique devient sa marque de commerce.

Le passage du Nord-Ouest, un exploit fondateur

Le Gjøa navigant à travers les glaciers dans le passage du Nord-ouest

Entre 1903 et 1906, Amundsen réalise l’un des exploits majeurs de l’histoire de l’exploration : il devient le premier à franchir avec succès le passage du Nord-Ouest, cette voie maritime mythique reliant l’océan Atlantique au Pacifique à travers l’archipel arctique canadien. À bord du petit navire Gjøa, conçu pour résister aux glaces, il navigue lentement mais avec une précision remarquable.

Le voyage n’est pas une simple traversée. Amundsen passe deux hivers dans le Grand Nord canadien, notamment dans la région de Gjoa Haven, au Nunavut. Il y vit au contact des Inuits Netsilik, dont il observe et adopte les techniques : vêtements en peaux, traîneaux à chiens, alimentation adaptée au froid extrême. Cette immersion est décisive. Alors que plusieurs explorateurs européens périssent par ignorance ou arrogance, Amundsen apprend, s’adapte et survit.

Le passage du Nord-Ouest

En 1906, lorsqu’il atteint l’Alaska et rejoint l’océan Pacifique, il prouve définitivement que le passage du Nord-Ouest est navigable, même s’il demeure impraticable pour le commerce à grande échelle. L’exploit a une portée scientifique, géographique et politique considérable, notamment pour la connaissance du territoire canadien arctique.

Du pôle Nord au pôle Sud : un changement de cap secret

Robert Peary

Après le passage du Nord-Ouest, Amundsen vise un objectif encore plus symbolique : le pôle Nord géographique. Toutefois, en 1909, il apprend que l’Américain Robert Peary revendique avoir déjà atteint ce point mythique. Bien que cette affirmation fasse débat, Amundsen comprend que la course au pôle Nord est compromise.

Robert Falcon Scott

Il prend alors une décision audacieuse et secrète : changer de cible et viser le pôle Sud. Craignant de perdre des appuis financiers, il garde ce revirement secret, y compris envers une partie de son équipage. Son rival britannique, Robert Falcon Scott, prépare justement une expédition vers l’Antarctique avec l’objectif explicite d’atteindre le pôle Sud au nom de l’Empire britannique.

La conquête du pôle Sud

Framheim

Amundsen établit sa base, Framheim, sur la barrière de Ross, plus proche du pôle que celle de Scott. Fidèle à son pragmatisme, il privilégie les chiens de traîneau, des skis efficaces et une logistique parfaitement planifiée. Là où Scott mise encore partiellement sur des moteurs expérimentaux et des poneys mal adaptés, Amundsen applique les leçons apprises chez les Inuits.

Mission accomplie le 14 décembre 1911

Le 14 décembre 1911, après des semaines de progression dans un froid extrême, sur des plateaux glacés balayés par les vents, Amundsen et quatre compagnons atteignent le pôle Sud. Ils plantent le drapeau norvégien et laissent une tente avec une lettre destinée à Scott. L’exploit est total : l’équipe rentre saine et sauve, sans perte humaine.

Le capitaine Robert Falcon Scott n’a pas survécu au voyage du retour

Quelques semaines plus tard, Scott atteint à son tour le pôle, découvre qu’il a été devancé, puis périt avec ses compagnons lors du voyage de retour. Ce contraste tragique souligne encore davantage la supériorité stratégique et technique d’Amundsen.

Les dernières expéditions et la disparition

Après le pôle Sud, Amundsen poursuit ses explorations polaires, s’intéressant de plus en plus à l’aviation et aux dirigeables pour explorer l’Arctique. En 1926, il survole le pôle Nord à bord du dirigeable Norge, confirmant une nouvelle fois son rôle central dans l’exploration polaire moderne.

En 1928, alors qu’il participe à une mission de sauvetage pour retrouver l’équipage du dirigeable Italia, disparu dans l’Arctique, Amundsen s’embarque à bord de l’hydravion Latham qui disparaît à son tour en mer de Barents. Aucun corps n’est retrouvé. Sa disparition, à l’image de sa vie, est liée à la solidarité entre explorateurs et au refus d’abandonner ceux qui affrontent les glaces.

Les dernières images animées de Roald Amundsen lors de sont départ pour sa dernière mission :

Un legs éternel

Roald Amundsen laisse un héritage immense. Il révolutionne les méthodes d’exploration polaire, démontrant que la préparation, l’humilité face à la nature et l’apprentissage auprès des peuples autochtones sont essentiels à la réussite. Son apport à la cartographie, à la science du magnétisme terrestre et à la compréhension des régions polaires demeure fondamental.

Sa mémoire est honorée par de nombreux lieux, institutions et navires.

Au Canada, le navire de recherche de la Garde côtière canadienne, le NGCC Amundsen, incarne parfaitement cet héritage. Dédié à l’étude de l’Arctique, des changements climatiques et des océans nordiques, il perpétue l’esprit d’exploration scientifique et rigoureuse qui définit Amundsen. D’un pôle à l’autre, Roald Amundsen s’impose comme l’un des rares humains à avoir maîtrisé les deux extrémités du globe.



Roald Amundsen a exploré les dernières terres inexplorées dans des conditions extrêmes.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

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