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Bataille de Sainte-Foy : la revanche sans lendemain des Franco-Canadiens

Tout n'était pas fini après la bataille des plaines d'Abraham.

Le 13 septembre 1759, sur les plaines d’Abraham, l’histoire de l’Amérique française bascule. En à peine une vingtaine de minutes, l’armée française commandée par le marquis de Montcalm est écrasée par les troupes britanniques de James Wolfe. Québec tombe, et avec elle s’écroule l’essentiel du pouvoir français en Amérique du Nord.

Pour en savoir plus sur Montcalm :

Pourtant, la guerre de Sept Ans n’est pas encore terminée. Dans les mois qui suivent, l’espoir renaît chez les Canadiens et les soldats français restés en Nouvelle-France : reprendre Québec, reconquérir le fleuron perdu, sauver la colonie.

C’est dans ce contexte que se joue, au printemps 1760, l’une des batailles les plus méconnues et les plus héroïques de l’histoire québécoise : la bataille de Sainte-Foy.

Pour comprendre la guerre de Sept Ans :

Un espoir de revanche

Après la défaite des Plaines d’Abraham, les troupes françaises se replient vers Montréal sous le commandement de François-Gaston de Lévis, chevalier de Lévis, maréchal de camp et ancien bras droit de Montcalm. Pendant l’hiver, il rassemble les restes de l’armée, reçoit quelques renforts, réorganise ses hommes et élabore un plan audacieux : remonter vers Québec au printemps et reprendre la ville avant que la flotte britannique ne revienne de Grande-Bretagne. Si les Français parviennent à reconquérir Québec, ils espèrent que les négociations de paix en Europe leur permettront de conserver au moins une partie de la colonie.

François-Gaston de Lévis

Dans cette entreprise désespérée, Lévis peut compter sur des troupes régulières françaises, des miliciens canadiens aguerris et des alliés autochtones. Tous partagent la même volonté : laver l’affront de la défaite de 1759 et repousser l’envahisseur britannique.

La marche vers Québec

À la fonte des neiges, en avril 1760, Lévis rassemble environ 7 000 hommes à Montréal. Il se met en marche vers Québec, traversant un territoire encore gelé, difficile et hostile. La ville, occupée par environ 4 000 soldats britanniques commandés par le brigadier James Murray, est en piteux état : les fortifications sont abîmées, les réserves alimentaires épuisées, et les soldats malades. Murray, conscient de sa faiblesse, décide pourtant de ne pas attendre l’ennemi derrière les murs de la ville. Il choisit de sortir à sa rencontre pour livrer bataille en terrain ouvert, espérant profiter de sa supériorité en artillerie et de l’expérience de ses troupes.

28 avril 1760 : la bataille de Sainte-Foy

Plan de la bataille de Sainte-Foy

Le matin du 28 avril, les deux armées se font face près du village de Sainte-Foy, à l’ouest de Québec. Lévis dispose d’environ 7 000 hommes, dont 3 000 réguliers français, 3 000 miliciens canadiens et environ 500 guerriers autochtones. Murray aligne environ 3 800 soldats britanniques. Le terrain, boueux et couvert de neige fondante, rend les manœuvres difficiles.

Murray ouvre les hostilités vers 9 h 30. Il tente une attaque rapide pour briser les lignes françaises avant qu’elles ne soient pleinement déployées. Mais Lévis, habile stratège, laisse l’assaut s’épuiser, puis ordonne une contre-attaque coordonnée. Les Canadiens et les Français avancent en formation serrée, soutenus par des tirs d’artillerie efficaces. Les combats sont féroces, acharnés, souvent à courte distance.

À midi, l’avantage tourne clairement en faveur de Lévis. Les Britanniques commencent à reculer, incapables de maintenir leur ligne face à l’assaut franco-canadien. Murray ordonne finalement la retraite vers Québec, abandonnant sur le champ de bataille environ 1 100 morts et blessés. Lévis, victorieux, établit le siège de la ville.

Une victoire sans lendemain

La bataille de Sainte-Foy est l’une des plus sanglantes de la guerre de Sept Ans en Amérique : environ 833 pertes côté français et canadien, plus de 1 100 chez les Britanniques. C’est une victoire claire pour Lévis, une revanche éclatante sur l’humiliation des Plaines d’Abraham. Pour la première fois depuis 1759, l’armée française reprend l’initiative.

Mais cette victoire héroïque reste sans lendemain. Lévis ne dispose pas d’artillerie lourde suffisante pour percer les fortifications de Québec. Il compte sur l’arrivée de la flotte française pour reprendre la ville par blocus et assaut combiné. Hélas, le 15 mai, c’est la flotte britannique qui apparaît à l’horizon. Supérieure en nombre et en puissance, elle oblige Lévis à lever le siège et à se replier vers Montréal.

L’honneur est sauvé, mais la Nouvelle-France est perdue

La bataille de Sainte-Foy n’empêche pas la chute finale de la Nouvelle-France. En septembre 1760, Montréal capitule sans même livrer combat face à des forces britanniques largement supérieures. Trois ans plus tard, le traité de Paris de 1763 officialise la cession du Canada à la Grande-Bretagne.

Le traité de Paris

En fin de compte, la bataille de Sainte-Foy n’a pas changé le cours de la guerre. Mais elle a permis aux Canadiens et aux Français de clore cette guerre avec honneur, les armes à la main, ayant livré jusqu’au bout un combat digne et courageux.

À lui seul, François-Gaston de Lévis, stratège brillant et chef respecté, incarne cet esprit de courage et de combativité.



Après l'humiliante défaite des plaines d'Abraham, les soldats français, canadiens et autochtones ont eu l'occasion de prendre leur revanche.
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François Paquette

Animateur de radio, podcaster et blogueur.

1 réflexion au sujet de « Bataille de Sainte-Foy : la revanche sans lendemain des Franco-Canadiens »

  1. Merci encore une fois Matt pour cette portion d’Histoire si inspirante. J’ai commencé à apprécier vraiment l’Histoire quand j’ai pris mon cours sur l’Histoire du Québec de la Nouvelle-France à la Révolution tranquille. C’était il y a longtemps…Je suis native de Lévis mais habite en face depuis plus de 50 ans mais ce cours-là, m’avait tellement passionnée, que par la suite lors de mes promenades, en ville, sur les remparts, dans certains quartier ou tout simplement de mon parc St-Denys je contemplais le fleuve et tout ce que je voyais avec un tout autre regard. Comme si je voyais cet environnement pourtant ayant toujours fait partie de mon univers pour la première fois. Je le voyais vivant comme à l’époque. Cela a été un véritable coup de coeur et un sentiment d’appartenance comme jamais je n’avais ressenti auparavant. Et quand il m’est arrivé de voyager à travers le Québec ce qui m’intéressait des endroits où j’allais c’était exactement cela, leur Histoire. Mais je t’avoue que je l’avais oublié Lévis et pourtant…Merci pour ce splendide rappel. Connaitre son Histoire c’est connaître d’où on vient pour mieux savoir où l’on va. Pourtant fondamental …

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