L'intendant Bigot et la conquête

L’intendant Bigot et la conquête

Vous ne le saviez peut-être pas mais depuis quelques temps, dans les tréfonds du blogue se tramait un obscur concours… Comme personne ne le savait, moi pas plus qu’une autre j’ai été la première surprise quand Matt m’a finalement proclamée « Miss Page d’Histoire du Québec ».

C’est probablement parce que je suis intimement convaincue qu’on ne peut pas savoir où on va quand on ne sait pas d’où on vient et que l’histoire apprise à l’école n’étant pas toujours la plus intéressante, beaucoup de gens n’en connaissent pas très long sur notre « belle province » que j’ai accepté le titre, avec beaucoup d’humilité, il va sans dire.

Il paraît qu’on apprend de nos erreurs, mais quand on n’est pas au courant de celles commises par nos ancêtres , il arrive qu’on les répète. Quand je pense à ça, il me vient en tête l’histoire de l’intendant Bigot et son analogie avec certains libéraux fédéraux…

François Bigot fut nommé intendant de la Nouvelle-France en 1748; dès le départ, cet homme peu scrupuleux a compris qu’il était possible de s’enrichir facilement grâce aux pouvoirs que lui conféraient son poste. Tout ce qui pouvait prendre le chemin de ses poches y allait sans détours et il ne manquait pas d’en faire profiter ses amis; ça vous rappelle quelque chose? Toujours est-il que notre bon François, non content d’avoir instauré une « taxe » particulière et secrète sur la traite des fourrures (elle allait où cette taxe, je vous le donne en mille!) , s’emparait de la nourriture et des fournitures de l’armée et les revendait à l’État ou aux citoyens avec 150% de profit. Grâce à ces bénéfices, il donnait des réceptions grandioses où la surabondance d’alcool et de bonne chère aurait fait rougir Bacchus lui-même, tout ça pendant que le bon peuple crevait de faim. Un bon jour, Montcalm le chef de l’armée, découragé de voir dans quelle misère se trouvait ses soldats, fit part des fraudes de Bigot au gouverneur Vaudreuil. Ce dernier ne voulut pas croire qu’il se faisait jouer par son intendant et cela sema le désaccord entre les deux chefs. Voilà donc qui nous permet de considérer Bigot comme ayant joué un grand rôle dans la Conquête; des soldats affaiblis avec de mauvais fusils et la dissidence entre Montcalm et Vaudreuil… La table était mise pour les Anglais…

À la fin de la guerre, lorsque les survivants rentrèrent en France, les malversations de Bigot furent mises au jour et ce dernier fut traduit devant le juge avec une cinquantaine de ses acolytes. En cette époque où les gens sont passibles de pendaison (et en public s’il vous plaît!) pour un simple vol ou un blasphème, Bigot et ses compères écopent d’une amende et sont bannis de la France. Aujourd’hui, on se targue d’avoir un système de justice somme toute équitable mais comme hier, certains gens haut placés, pourtant reconnus coupable de vols ou de fraudes qui nuisent grandement au bien public ne sont toujours pas châtiés de la même façon que le citoyen moyen… Et il paraît qu’on apprends de nos erreurs…

– Karine

L’histoire pas très connu de l’Intendant Bigot et comment il a «crosser» la colonie…




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19 réponses

  1. montrealaisfelquiste dit :

    Merci pour ce texte Karine.

    Ça m’en apprend sur le contexte de l’époque et je trouve tout comme toi que plus ça change, plus c’est pareil !

    Pis des crosseurs impunis, il va y en avoir encore dans 300 ans si on existe encore.

    Ce qui m’écoeure le plus, c’est quand tu dis avec raison que ce connard de Bigot a fort probablement eu un impact direct sur le résultat de la bataille contre les anglais.

  2. M.beaulac dit :

    bon bin la, ca va en prendre un par semaine comme celui la! (le texte, pas le Bigot la!!)

    Et c’est la qu’elle ce decide a pondre, enfin, un texte digne de sa grandeur…yétais temps!!

    Je vais encore me couché plus intelligent ce soir!! Merci Ka qui est maintenant devenu Karine!!

  3. Vallée dit :

    C’est super de te lire KA! 🙂

    M’intéressant à l’histoire du Canada, particulièrement, de la confédération (1867) à aujourd’hui, cette partie de l’histoire m’avait échappée.

    En effet, comme tu le dis si bien, l’histoire se répète. J’estime que c’est une chance pour nous. En ce sens qu’on peut mieux se préparer à faire face à certaines situations. Plus on en sait sur un sujet, plus on est en mesure de prendre des décisions éclairées.

  4. Karine dit :

    Le problème c’est que trop de gens en savent trop peu…

    J’ai tellement eu de profs plates!! Des heures et des heures à copier des notes de cours, c’est ce dont je me souviens le plus, pas du contenu mais de la platitude des cours!

    Donc j’espère bien continuer à vous en apprendre un peu plus parce qu’avant tout, l’histoire avec un grand H se doit d’être une histoire facile à comprendre et à raconter. C’est de cette façon qu’on garde notre identité, la parole est une arme en soi, mais encore faut-il savoir étayer sa preuve et je pense que c’est par la culture qu’on y arrive…

  5. Le grand Marleau dit :

    Intéressant ton texte Karine. Merci.

    Tant qu’à parler de gens qui versent dans la malversation (crosseurs comme, pour reprendre le terme de montrealaisfelquiste…) n’oublions pas aujourd’hui mardi le Rapport d’enquête sur Option Canada…

    Plus ça change… vous dites !

  6. Matt dit :

    Très intéressant en effet cette petite page d’histoire… c’est une partie qui m’échappait.. Je déteste maintenant François Bigot avec passion.

    Pour ceux qui ne connaisse pas Karine, c’est une membre de la communauté depuis déjà un bon moment. C’est une belle petite fille du Lac, pleine de talent et qui s’enligne pour devenir prof d’histoire.

    Elle écrira des chroniques sur l’histoire du québec sur le blogue 🙂

  7. Tiblanc dit :

    Héhé. C’est pas surprenant de voir qu’on se fesais fourrer à cette époque.
    Est-ce qu’on apprend de nos erreurs? Le dicton dit oui, mais en pratique ?

  8. serge dit :

    J’ai visité votre site petit bonjour du nord de la FRANCE
    cordialement
    serge

  9. ernesto palomino dit :

    2007 et encore l’Église catholique reste dans les coulisses du pouvoir et sa présence
    ca fait sentir dans l’éducation, la politique et la société en général, je respect le choix de chaque un de choisir de vivre sur le chapiteau de n’importe quelle idéologie ou religion, mais c’est inacceptable que les crimes commis par l’église catholique restent dans l’oublie ou impunies (aucune enquête policière à jamais été faite ou publié) avec la complicité des médias et du gouvernement. Encore aujourd’hui les membres de certaines communautés catholiques québécoises mandatées par des évêques pratiquent le chantage, le harcèlement, l’intimidation et le viol quotidiennement. Peut être que si le gouvernement, la police et les médias continuent de se faire complices de ses actes criminelles on devrait attendre peut-être l’arrivée de Jésus pour expulser et punir le inexcusable

  10. Karine dit :

    Hum juste comme ça, Bigot n’était en aucun cas dignitaire écclésiatique, c’était seulement un homme politique français… En même en France à cette époque, l’influence du cartel religieux, (qui a déjà subit un coup dur sous Louis 14 qui se proclame presque Dieu) est moins présente depuis la mort du cardinal de Fleury en 1743 et comme Bigot fut nommé intendant en 1748 je ne vois pas l’analogie avec le pouvoir catholique au québec…

  11. Etienne dit :

    Bonjour Karine,

    Certain historien veulent accuser Bigot d’avoir perdu le québec. Cette version sert bien les anglais qui accusent faussement les français de s’être fait attaquer.

    Si les français mourraient de faim c’était à cause de
    la famine provoquée par Wolfe qui brûlaient les fermes
    pas à cause des fêtes de Bigot ou tout le monde allait même Montcalm

    Pour les fusils ils venaient de l’ancienne guerre
    Il n’en manquait pas, c’était juste les mauvais

    Bigot était un voleur mais les responsable de notre envahissement ce sont les anglais et Wolfe, pas Bigot

    Cessons d’accuser la victime de son propre viol…

    Laissons les anglais faire ça

  12. Karine dit :

    Étienne,
    Tout d’abord, je n’ai pas accusé Bigot d’avoir perdu le Québec. En fait si tu analysais bien l’article, tu verrais que ce qui ressort du corps du texte c’est « le RÔLE de l’intendant Bigot dans la conquête » pas « la responsabilité unique de la conquête incombe à l’intendant Bigot ».
    Tu dis:
    « Si les français mourraient de faim(…)(ce n’était)pas à cause des fêtes de Bigot »
    Bigot n’aurait jamais pu donner ces fêtes s’il n’avait pas revendu la nourriture avec 150% de profit, même si les denrées sont rares à cause des fermes brûlées, dans ma tête quand tu paies 150% plus cher, ça veut dire que tu en a beaucoup moins pour ton argent, donc les moins nantis crèvent de faim.

    Anyway, la Conquête est le résultat d’un ensemble de facteurs, comme à peu près tous les grands boulversements qui ont changé la face du monde au fil de l’histoire, et ce n’est pas en se mettant la tête dans le sable et en accusant les voisins que nous pourrons avancer. Je pense que la force d’un peuple est justement de savoir recconnaître ses erreurs et d’être capable de faire une auto-critique constructive de son histoire pour construire l’avenir sur des bases solides.

    Au-delà de François Bigot, je voulais surtout faire une analogie avec le scandale des commandites, où des gens haut placés ont fait beaucoup d’argent au détriment du peuple et avec le fait que peu d’entre eux ont été punis à la mesure de leurs actes.

  13. Jean Bon dit :

    Vraiment intéressant ce parallèle entre le scandale des commandites et la vie de Bigot, « cet inconnu »…. Je dois dire toutefois que je suis tout de même d’accord avec Etienne de la « futilité » de l’importance du rôle de Bigot dans la conquête anglaise. Les anglais sont arrivés avec une armée de 40 milles soldats contre un population de 60 milles…Mieux équipés…..

    Une chose m’intrigue à propos de cet épisode de notre histoire. C’est la version des historiens canadiens face à celle des historiens américains… Ici, ils terminent la guerre à partir de 1760, réddition de Montréal, les américains termine ce conflit en 1765 avec la chute des troupes de Pontiac qui a été enterré au fort français de St-Louis…

    À mon avis, cette mise au point serait une excellente suggestion pour un futur article!

  14. lanymal dit :

    Pour ceux et celles qui ont vu le film «Nouvelle-France», il est question de notre bon «Bigot», ce film dénonce justement les fraudes de Bigot. Moi, personnellement, j’ai beaucoup aimé ce film bien que le côté sentimental du film soit en avant plan. Cependant, je crois qu’il démontre assez bien la vie plutôt difficile de nos ancêtres et surtout le peu d’intérêt de la métropole (France) face à sa colonie la Nouvelle-France.

    L’histoire est surement un bon moyen de connaître d’où on vient où l’on va. Le problème, c’est justement de créer de l’intérêt pour cette science humaine.
    Si le cinéma peut nous aider à y arriver, pourquoi pas, même si les films ne réflète pas toujours la juste vérité.

    Bravo monsieur J.Beaudin pour ce film et les quelques faits historiques.

    Tant qu’à Bigot, il faut croire que le passé nous a pas servit tant que cela puisque nos gouvernements sont toujours pris dans quelques scandales que ce soit.

    Plus ça change plus c’est pareil.

    Voilà ma devise.

    LANYMAL

  15. fred dit :

    Étienne,
    Tout d’abord, je n’ai pas accusé Bigot d’avoir perdu le Québec.

    « Bigot comme ayant joué un grand rôle dans la Conquête; des soldats affaiblis avec de mauvais fusils et la dissidence entre Montcalm et Vaudreuil… La table était mise pour les Anglais… »

    Effectivement non, mais disons que ton affirmation passe très près. Le problème est qu’on pourrait croire que jamais il n’y eu de phénomène semblable chez les anglais, ce qui est faux… Mais bon ce n’est pas ce que vous dites.

    Mais je ne suis pas d’accord avec la fin. C’est une erreur trop commune pour ne pas la souligner:

    « À la fin de la guerre, lorsque les survivants rentrèrent en France… »

    Il ne rentrèrent pas tous en France. Beaucoup de soldats sont restés, pas que la population ordinaire.

    En fait la guerre de montcalm était loin d’être la dernière. Les renforts de bougainville arrivèrent à Québec derriere les anglais, mais montcalm chargea avant. Puis il y eu la bataille de ste-Foy où les francais gagnèrent. Et meme si vous parliez de la fin complète de la guerre, la plupart n’avaient pas les moyen ou l’envie de rentrer en France et restèrent, dispercés.

    Aussi je vous recommande ce lien, qui montre que notre histoire contient beaucoup de faux énoncés et ce depuis des siècles, aussitot l’armée anglaise gagnante, elle commenca à creer de faux documents, comme en 1777 à londres.
    http://www.geocities.com/vailcour/docplaines-3.htm

    Continuez votre beau travail.

  16. Sioux dit :

    un vieux soldat de France à Karine. Rappel
    Mosieur de Choiseul a dit « quand le feu est au chateau on ne s’occupe pas des écuries » pour quelques arpents de neige.La France abandonne MONTCALM devant Montréal bien plus tard De Castries a Bien Bien Phu et cerise sur le gâteau près de deux millions de Francais en Algérie plus comme en INDO ceux qui avaient cru en ELLE.

  17. Delphinus dit :

    Bon… j’arrive un peu tard… mais je me peux pas laisser dire cela !

    Louis XⅣ se prend presque pou Dieu… Ben tiens, elle est nouvelle ! Bon, d’accord, c’était de l’humour, mais pour ceux que ce règne intéresse on peut se renseigner avec profit par la lecture de biographies, celles de François Bluche, ou bien celle de Jean-Christian Petitfils, par exemple, excellentes – mais vraisemblablement introuvables au Canada…

    Ô Sioux ! La douleur vous égare ! La France n’a pas laissé tomber Montcalm, mort de ses blessures, mais a poursuivi le combat sans succès à cause de la disproportion des forces (40 000 soldats pour envahir un pays de 60 000 habitants, ce doit être du jamais-vu). À Dien-Bien-Phu, au fond d’une cuvette, c’était perdu… En Algérie, ce furent non deux millions, mais huit cent mille ou neuf cent mille Français que nous abandonnâmes (plus cent cinquante mille naturalisés par le décret Crémieux), qui sont tous revenu en France (ou qui s’y sont installés, pour les naturalisés). Que voulez-vous ? L’Union soviétique et les États-Unis ne nous voulaient plus là-bas, et après deux guerres mondiales nous ne pesions plus guère…

    Il ne me semble pas que les Français s’intéressaient moins au Canada que les Britanniques ; toutefois il y avait une opinion publique, elle se formait par une gazette (Les Nouvelles ecclésiastiques) et par des philosophes (François Marie Arouet, dit Voltaire) qui étaient ennemis du roi, de la foi catholique (Les Nouvelles ecclésiastiques était janséniste) et sympathisants des Anglais au point de vouloir notre défaite. Le grand nombre des Français n’avait guère conscience de l’existence des colonies, lointaines et ne jouant guère de rôle dans leur quotidien, mais ce ne devait pas être bien différent en Grande-Bretagne.

    Merci à Karine pour cet article, à Jean Bon, à Fred et à Étienne pour leurs commentaires.

  18. Dauphinois dit :

    Ô Sioux !

    C’est François Marie Arouet (Voltaire !) qui a flétri le Canada du nom de « quelques arpents de neige », et non Choiseul !

    Redde Cæsari quæ sunt Cæsaris (et Voltario quæ sunt Voltarii).

  19. Delphinus dit :

    La religiosité de Louis XⅣ, selon MM. Alexandre Maral et Jean-Christian Petitfils (39 min 4 s : émission radiodiffusée Au Cœur de l’histoire, Europe 1, 16-Ⅳ-2012).

    « Mais c’est donc point ç’qu’on croyait ? Tabernacle ! »

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